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#NousSommesTousCatalans

(Début du texte)

Voilà qui est Rajoy exactement, et pourquoi lorsqu’il parle de « légalité » et d’ « état de droit », on ne peut que rire ou plutôt pleurer tellement il dupe, en bon escroc, tout le monde. On peut aussi rajouter, dans le registre des pratiques parfaitement illégales, les pressions gouvernementales que reçoivent les banques et les entreprises pour délocaliser leurs sièges, afin de faire croire au monde entier que les entreprises fuient la folie des indépendantistes. Au passage, comme dans son immense érudition Michel Onfray le commentait, la Catalogne n’était-elle pas censée être une région de riches qui ne veulent plus aider les pauvres ? Mais quelle farce on nous sert en France sur ce dossier : l’indépendantisme catalan n’est plus que très marginalement un problème nationaliste et identitaire au sens où en l’entend généralement en France, c’est un indépendantisme politique, républicain, en réaction à une monarchie néo-franquiste ultra-réactionnaire et corrompue, à bout de souffle, et qui voit dans cette histoire catalane une occasion inespérée de détourner l’attention des cas de corruption massives qui devraient normalement en démocratie amener à la dissolution de ce parti, comme l’expliquait bien Podemos cette semaine au Parlement. A noter la totale complicité des  socialistes espagnols à Rajoy, qui sont encore pire si c’était possible que les nôtres), Podemos étant réellement le seul parti de gauche en Espagne :

Application aujourd’hui de l’article 155 (sans aucune supervision du Tribunal Constitutionnel, qui est de toutes façons notoirement aux ordres de Rajoy et du Partido Popular, et qui édicte les lois qui conviennent au pouvoir et censurent celles qui lui déplaisent) alors que Carles Puigdemeont n’a pas dans sa lettre de jeudi déclaré d’indépendance mais a seulement encore une fois demandé le dialogue. Cette application de l’article 155 est donc parfaitement anti-constitutionnelle, mais comme de toutes façons il n’y a pas de séparation des pouvoirs en Espagne, le Tribunal Constitutionnel étant une annexe du Partido Popular, aucun problème. Convocation d’élections visiblement en janvier, mais les Catalans pourront-ils voter pour des partis indépendantistes si c’est derniers sont considérés, comme c’est désormais le cas avec des indépendantistes en prison et d’autres à venir certainement, comme « anti-constitutionnels et séditieux » ? Si une telle censure politique était appliquée ce sera véritablement le basculement définitif de l’Espagne vers l’état policier en dehors de l’éta de droit, et il est fort à craindre que même si cette nouvelle escalade était franchie il continuerait encore d’être soutenu par tout le monde en haut lieu en France comme en UE.

Parmi les mesures annoncées aujourd’hui par Rajoy non seulement l’abrogation de l’autonomie de la Catalogne, incluant la mise sous tutelle de TV3, le FR3 catalan, la seule télévision espagnole offrant une vision discordante (plutôt pr-indépendantiste mais en rien extrêmiste et pluraliste) sur le situation catalane dans un paysage télévisuel espagnol totalement aux ordres de l’Etat espagnol. Nous attendons avec impatience (mais pas trop) les signes de solidarité de leurs confrères français (il est vrai déjà aux ordres). Nous pouvons craindre que ce ne sont que les débuts des attaques contre la démocratie d’ici les élections.

Ce qui se joue aujourd’hui réellement en Catalogne n’est plus l’indépendance de la Catalogne : c’est la liberté et l’impunité (sans sanction de l’UE) d’un Etat de violer tous les traités des droits de l’homme possibles et imaginables au nom d’un prétendu « ordre public ». Lorsque Macron insulte les GM&S et leurs élus en écharpe tricolore de « fouteurs de bordel », lacrymo de CRS en prime (on voit que les élections et le temps des selfies sur des parkings est passé) c’est exactement la même logique : la requalification de droits d’expression démocratiques fondamentaux en trouble à l’ordre public, légitimant la répression policière et le muselage.

La dérive autoritaire et anti-démocratique de l’Etat espagnol nous concerne tous Européens : si on laisse faire ça, en créant un tel précédent, demain ce sera notre tour à tous. Et à bien des égards en France, c’est DEJA notre tour, de manière aussi insidieuse que grandissante.

Les démocraties européennes ont abandonné la République Espagnole à son triste sort en 1936, au motif tout aussi lâche et hypocrite d’une affaire intérieure, et ce fut le terrain d’entraînement des forces de l’Axe pour la seconde guerre mondiale. Bien des horreurs auraint été évitées si la France et la Grande-Bretagne avaient assisté la République démocratiquement élu attaquée par les armées fascsites du général Franco.

Que toute l’oligarchie politique et économique européenne ait choisi Rajoy comme son poulain – alimentant la fabrique à mensonges des appareils médiatiques dominants pour anesthésier les opinions publiques – montre clairement que l’Espagne est aujourd’hui le terrain d’entraînement des régimes anti-démocratiques et autoritaires qui se profilent pour nous tous Français et Européens.

Ne commettons pas la même erreur.  NE LAISSONS PAS TOMBER NOS CONCITOYENS D’UNION EUROPEENNE.

NOUS SOMMES TOUS CATALANS.  #NousSommesTousCatalans »              ( Début du texte )

 

27/10  -  Démocrates contre la démocratie Par Paul B. Preciado, Philosophe
Le déclenchement de l’article 155 par Madrid et la suspension du Parlement catalan constituerait une nouvelle étape d’un processus de destruction de la démocratie débuté en Grèce.
    
Je voyage de Barcelone à Oslo pour me rendre à Trondheim, en Norvège. Je suis invité à une conférence sur le futur des institutions culturelles européennes. La rencontre se déroule sur un bateau qui longe la côte norvégienne, depuis la frontière du cercle polaire jusqu’aux fjords de Bergen. Entre deux débats, je sors discrètement pour fumer ou pour lire en profitant du soleil. Allongé dans un hamac, sous une couverture, je contemple la superficie interminable, lisse et obscure de la mer. Les imposantes montagnes de roches et la végétation se dressent avec une force qui me semble incommensurable comparée à la petitesse de mon existence. L’expérience kantienne du sublime s’emparerait peut-être de moi si mon téléphone ne sabotait pas tout - le sublime n’est plus envisageable à l’ère de la communication numérique !
     Depuis Barcelone, les nouvelles sur la situation en Catalogne tombent sans interruption. Les messages contradictoires se succèdent. A 12 h 50, jeudi, on dit que Carles Puigdemont, avec la médiation d’Iñigo Urkullu, président de la communauté autonome du Pays basque, va accepter, sous la contrainte du gouvernement central espagnol, de dissoudre le Parlement catalan et de convoquer des élections. Il aurait pris cette décision afin de faire sortir de prison les leaders des associations civiles de l’indépendantisme et pour éviter l’application de l’article 155 qui implique la destitution des représentants politiques du gouvernement catalan. Mais deux heures plus tard, ayant appris que le Parti populaire (PP) appliquerait l’article 155 quelle que soit sa décision, Puigdemont change d’idée. Le lendemain, c’est finalement le Parlement catalan qui déclare l’indépendance. C’est pourquoi vous lisez présentement la quatrième version de cet article…
     Le gouvernement Rajoy, avec la complicité du Parti socialiste ouvrier espagnol, s’apprête à appliquer l’article 155 de la Constitution espagnole, soi-disant
«en défense du respect de la légalité et des droits démocratiques de tous les Espagnols et particulièrement de tous les Catalans». C’est un tournant historique. Nous assistons en Europe à l’émergence d’une nouvelle forme de «démocratie» autoritaire et répressive qui utilise la loi, l’interprétation la plus violente possible de la loi, pour mener à bien des réformes conservatrices. Ces réformes «démocratiques» impliquent le déploiement de la police nationale contre les citoyens, l’emprisonnement de membres de la société civile pour leurs idées, la confiscation de documents imprimés et numériques, la dissolution du Parlement, le contrôle des médias… Quelqu’un a parlé de démocratie ? Comme l’a expliqué Gabriel Jaraba, la crise catalane est «une expérience européenne dont la mission stratégique consiste à établir jusqu’à quel point les citoyens et les institutions sont disposés à tolérer une démocratie autoritaire». Si je n’avais vécu ces dernières années à Athènes, il m’aurait peut-être échappé que les deux expériences essentielles de «répression démocratique» de grande échelle se sont déroulées en Grèce en 2015. La première a consisté en la suppression totale de la souveraineté démocratique du peuple grec après le référendum de l’«oxi» («non»). La deuxième fut la militarisation des côtes grecques pour endiguer toute forme de migration et la transformation de quelques îles stratégiques en prisons à ciel ouvert. Conjointement à l’extension des réformes libérales du marché du travail, des coupes dans les retraites, de la privatisation des services publics, de la gestion militarisée de l’immigration, l’effet collatéral essentiel de ces coups d’Etat «démocratiques» successifs en Grèce fut la destruction de la gauche. Depuis 2015, Syriza est un parti mort. Les décisions de l’Union européenne ont servi à ruiner la légitimité politique de la gauche, ouvrant ainsi la voie aux populismes d’extrême droite. La mise en marche de l’article 155 et la suspension du Parlement catalan constituent une nouvelle étape de ce processus de destruction de la démocratie qui a débuté en Grèce.
     La complexité de la situation catalane réside dans le fait que le projet indépendantiste réunit deux façons distinctes d’imaginer la future république qui, plutôt qu’éloignées, sont irréconciliables. Le PDECAT est un parti de droite souverainiste portant les stigmates de son histoire de corruption exercée pendant des décennies par la famille Pujol. Il représente la classe des propriétaires, les professions libérales, ainsi que la petite et moyenne bourgeoisie industrielle catalane. Le «processus» auquel se référent les souverainistes du PDECAT conduirait à un Etat dominé par la bourgeoisie nationale catalane, qui mènerait une politique de coupes néolibérales. La position politique du PDECAT pourrait être décrite comme un libéralisme souverain corrompu - et en ce sens, ironiquement, il est le parti le plus similaire, dans ses valeurs et son fonctionnement, au parti espagnoliste du gouvernement central, le PP.
     Face à PDECAT, la CUP, parti de gauche anticapitaliste, constitue le moteur utopique et révolutionnaire de l’indépendantisme. Si la Suisse représente, dans ses rêves, le modèle national du PDECAT, pour la CUP, ce serait le Rojava, la région du Kurdistan syrien. La CUP se prononce pour un modèle de
«confédéralisme décentralisé», basé sur des idées issues de la tradition anarchiste catalane qui menèrent la révolution sociale en Espagne en 1936, relues à la lumière des travaux plus récents de l’Américain Murray Bookchin et du leader kurde Abdullah Ocalan. Les techniques de gouvernement privilégiées de ce modèle de démocratie directe sont l’organisation d’assemblées populaires pour la prise de décisions, la fixation de quotas de participation féminine au sein de divers organismes et l’extension à toute la Catalogne de l’écologie sociale et l’économie coopérative - qui existe déjà dans beaucoup de régions rurales. Les organes hégémoniques médiatiques de diffusion des idées du processus indépendantiste (Omnium, ANC et TV3) sont généalogiquement liés au conservatisme bourgeois et ne sont pas révolutionnaires. C’est pourquoi il est impossible de comprendre le processus indépendantiste à l’œuvre en Catalogne sans l’imaginaire politique utopique et les formes de désobéissance civile et de résistance non violente qu’amènent la CUP et les organisations pacifistes catalanes inspirées de Xirinacs et auxquelles adhèrent (sans pour autant se colorer d’indépendantisme) les bases de «En comú», la gauche catalane de Podemos. L’action brutale de l’Etat espagnol a galvanisé ces forces disparates et les pousse, paradoxalement, à faire une déclaration unanime de république indépendante. La seule question aujourd’hui est de savoir jusque quand la France et l’Allemagne pourront soutenir le coup d’Etat que le gouvernement central espagnol entend mener à bien en Catalogne.     Paul B. Preciado Philosophe