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DROCOURT NATURE vous parle un peu du Ciel,
de la Planète, des HUMAINS ET DES ANIMAUX

Ci-dessus  -    LES CATALANS  -  Renada-Laura Portet   -  POEMES

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LE TEMPS
Le temps qui passe
arrive pas à pas
sans tarir, sans fracas,
sans qu’on le voit.
Peut-être tel un dieu ?, avec sa loi :
celle qu’il tait et dissimule
et à la fois révèle à chacun de ses pas.
Un dieu qui, patient et médiateur,
souffre et rit parmi nous
et au-dehors : agite la mer
et le vent…
Il se fait pleur aussi
car l’incroyable cœur
du temps
recueille la plainte
de tout ce qui est survenu,
de tout ce qui n’est pas arrivé,
avec le gémissement
de tout ce qui a été refusé
à ceux qui gisent
sous le poids du temps…
On dirait que la douleur même
du temps
se déverse musicalement
sur ceux qui l’écoutent dans la souffrance.
Douleur qui germe
et germe en germination qui chante et pleure
attaqué par une colonie de fourmis
dans le ventre de la terre…
Si, à mode de prière, le temps se fait musique
qui garde le calcul infinitésimal
de la douleur
et l’oriente
pas à pas
vers ce qui n’a pas de fin,
alors la nuit de la douleur
s’adoucit,
s’éclaire.
Alors, sans hâte,
secrètement,
au-delà de toute angoisse,
on n’entend plus que le son
du temps, unifié.
Le temps,
une main accrochée à la vie
et l’autre à la mort.
Une rafale de vent,
une rafale de temps
et il n’y a plus de temps.

Renada-Laura PORTET, 23 mars 1997, Perpignan,

RIEN QU’UN MOT
Quelquefois, un mot suffit.
Un mot. Rien qu’un mot.
Le mot irremplaçable,
indéplaçable,
le mot qui consume en lui
tous les langages.
Et quelquefois : aucun.

Le silence.
(Celui que les scintillements du dehors
font tinter comme un cristal).
Pauvreté essentielle,
peut-être magnanime
dans son désistement de biens superflus,
peut-être faste
quand elle capitalise
en richesses
les restrictions de la solitude…

Non point insuffisance mais besoin
d’autre chose
invisible
une insaisissable musicalité
et un seul mot ?, qui s’entredevine ?,
et plus rien
rien d’autre que cette poignée de lettres
équivalente
à sa correspondante poignée de silence.

Echo d’une langue immatérielle.
Contention gorgée de méditation
du frère trappiste.

Sommeil d’amants.
Visage. Aurore. Pierre. Sexe.
Silence.
Mot solitaire.

Eclair qui zèbre l’encre.

Ce qui te domine
sans jamais te contraindre.

Cette vibration de l’air
dans ton ciel intérieur.

Renada-Laura PORTET

ON
ouvre un livre
dans la chambre verte
des vacances.

ON
ne connaît rien d’équivalent
à cette voix du livre
si proche des sources errantes
de l’âme,
rien, sinon peut-être, la simple merveille
quotidienne
d’un jour d’été.

ON
passe des heures et des heures
le cœur déployé sur une seule phrase
qui sort, au milieu du livre,
comme la première étoile qui s’allume
dans le ciel mauve du crépuscule,
une phrase qu’ON lit
et relit
une phrase qui vous arrête
dans le secret d’une attente…

En compagnie de l’auteur,
ON
regarde comment le jour diminue
et comme il cède, amant, à l’ombre.

Avec l’auteur, ON
écoute le silence
devenu silence dans le silence,
sereine patience.

Avec la voix du livre,
ON
aime qui il aime…

Et voici qu’un rayon blanc,
oiseau de lumière,
entre
chantant nuit et jour,
par l’étroite lucarne du livre :

l’archère
qui éclaire
d’une phrase d’amour fou
la sombre morosité
de la vie.
             

Renada-Laura PORTET

Le sablier

 

D'impensable sens

s'est transmué

le rire affolé

de !'aveuglé

citadin

en âpre

désert

sans

cri

et

avec

destin

monotone

me talonne

déjà le Temps

dur, et obstiné

dragon du néant.

Il faut trouver la clé

à la porta de !'Ombre !

 

 

Rellotge d'arena

D'impensable sentit

se m'ha trasmudat

la boja rialla

del sibarita

ore ciutadà

en aspra

solitud

sense

piu

i

amb

desti'

monoton

m'empaita

ja el Temps

dur, obstinat

drac del no-ser.

Cal l'oculta clau

a la porta de !'Ombra!

 

 

Recueil : « Jocs de convit »,
Columna, Barcelona, 1990, 65 p.

(auto-traduction de l'auteur: Renada-Laura Portet

Renada-Laura PORTET