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Jacques Queralt

-  19/04/20  -  « Le poète et journaliste Jacques Queralt est mort.
Jacques Queralt est décédé ce dimanche 19 avril. Ce fils de réfugié républicain espagnol était poète, essayiste, journaliste et activiste culturel nord-catalan, auteur de recueils de poésie en catalan et d’ouvrages, aussi bien en catalan qu’en français. Il a travaillé plus de 30 ans comme professeur à l’École des Beaux-Arts de Perpignan et comme journaliste à L’Indépendant. Il a également été en charge de la communication au Service Action Culturelle de la Ville de Perpignan. Il était surtout connu en terres catalanes sous le nom de Jaume Queralt. (
lasemaineduroussillon.com)

   Apôtre modeste de la culture catalane
Enfant de réfugiés espagnols natifs de la province de Tarragone, Jacques Queralt a travaillé à faire connaître au plus grand nombre la richesse de la culture et de l'histoire du pays catalan tout en restant sagement dans l'ombre qu'il affectionne tant.

La maxime populaire « pour vivre heureux, vivons cacher » sied à merveille à Jacques Queralt. Assis à la table d'un café, il a bien du mal à comprendre l'intérêt, pour les lecteurs de la Semaine du Roussillon, qu'on lui tire le portrait. Il est vrai que les femmes et hommes qui ont croisé la route de Marcel Oms, René Grando, Ursula Vian, Michel Polnareff, Franck Alamo, Roger Surjus, Bernard Leblond, Norbert Narach, Jordi Barre, Claude Massé, entre autres, sont légion dans le département ! Non, soyons sérieux. Malgré tous nos arguments avancés pour qu'enfin les projecteurs soient braqués sur lui, il reste circonspect. S'il accepte finalement de dévoiler son parcours devant sa tasse de café, c'est que jadis, journaliste à L'Indépendant, il s'est retrouvé à la même place que l'intervieweur du jour.

   Missile sol-sol

Il nous narre alors ses attaches aux Pyrénées-Orientales. Son arrivée à sept ans avec sa famille. « Mes parents ont quitté la province de Tarragone en 1939 au moment de la guerre civile en Espagne. Ils ont transité dans le camp d'Argelès avant de rejoindre Auch dans le Gers où j'ai grandi avant notre venue à Montesquieu des Albères puis à Perpignan ». Il y fera sa scolarité au lycée Arago avant d'étudier plus tard les sciences humaines à Montpellier. Ce passionné d'histoire et de littérature découvre avec bonheur les débats endiablés qui secouent la communauté scientifique avec l'arrivée sur les bancs de la faculté de l'enseignement de nouvelles disciplines que sont la sociologie, la psychologie, l'anthropologie, la linguistique. « On est au début des années 60 et cette approche intellectuelle m'offre énormément de débouchés sur la diversité des problèmes qui touchent la société à cette époque ». Les études lui éviteront de franchir la Méditerranée et d'être confronté aux fracas de la guerre d'Algérie qui a tant détruit de jeunes adultes de sa génération. Lui, cette guerre, il la vivra au rythme des débats qu'elle soulève chez les étudiants dans un contexte où le trotskisme séduit largement les étudiants français. L'armée française, il l'a rejoint à la fin de ses études et il en garde que des bons souvenirs. « J'ai fait mes classes non loin de Rennes. J'y ai croisé furtivement Franck Alamo et Michel Polnareff ». Le chanteur devenu célébrissime pour ses musiques, ses lunettes de soleil et ses… fesses ne restera pas longtemps à ses côtés puisque « réformé à cause d’une soudaine allergie aux fleurs de marronniers qui peuplaient la cour de la base militaire ». Jacques Queralt, lui, finira ses classes et sera affecté à Nîmes dans un centre de documentation militaire. Là-bas, ses supérieurs apprécieront tout particulièrement ses compétences linguistiques et sa connaissance de la langue de Shakespeare. Ils lui donneront comme mission de déchiffrer les notes en anglais qui concernent de près ou de loin le missile sol-sol. Parallèlement à ce travail de traduction, il ne se gêne pas pour assouvir ses désirs d'épanouissement culturel en apprenant notamment à danser le jerk ou à monter des piécettes de théâtre avec ses compagnons de chambrée. « C'était un peu des vacances, j'y ai vécu une des périodes les plus paisibles de ma vie. Ce parcours m’a offert une certitude, jamais je ne serai  antimilitariste même si je me sentais proche de la mouvance libertaire, ouvertement anti-stalinienne.» Son service militaire terminé, Jacques Queralt rentre au pays avec des désirs d'ailleurs, l’Australie, la Suède. Finalement, ses attaches au pays catalan seront plus fortes que tout, surtout quand il rencontre sa femme. À ses côtés, il se lie d'amitié avec Marcel Oms, animateur « des Amis du Cinéma », ancêtre de la fondation Jean Vigo. « On est partis d’une petite association pour la faire devenir aujourd’hui une institution dans le département. On essayait de rendre le cinéma d’art et essai populaire et accessible au plus grand nombre.

   Implication cinématographique

Les films étaient ambitieux et courageux à cette époque. Rares étaient les projections qui ne débouchaient pas

sur un débat très nourri et évidemment conflictuel. C’était bouillonnant. On prolongeait ensuite cela dans la revue des "Cahiers de la Cinémathèque". C’était un peu notre bélier pour faire entrer par la grande porte la culture dans les Pyrénées-Orientales ». Dans le même temps, il commence à écrire au quotidien L’Indépendant. « Je découvre le département au travers de mini-reportages, j’endosse le rôle d’acteur de composition avec la rubrique "J’y V, la balade du vacancier". On traduit, on véhicule l’information culturelle. Je m’intéresse à la création théâtrale, à l’expression sardaniste ou encore à la si riche littérature catalane ».Cette « petite aventure » avec le quotidien lui permet de voir les premiers pas de journalistes qui feront la renommée du quotidien régional, Michel Batrignans, René Grando, Christian Bachelier. Ses talents journalistiques, il les mettra aussi en exergue à l'hebdomadaire satirique « Truc » en compagnie de Louis Monich, de Norbert Narach ou dans la publication d'un livre sur le chanteur Jordi Barre « dans un contexte de l'évolution du mouvement culturel catalan, j'avais le désir de faire prendre conscience aux gens que l'on n'avait pas à faire qu'à un chanteur folklorique ».

   Militantiste culturel et modeste

Ses connaissances dans l’histoire de l’art le conduisent aussi à donner des cours à l’Ecole des Beaux-arts de Perpignan. « A l’époque où celle-ci est à la pointe de la révolution plastique en France. On tranchait avec le train-train habituel propre à cette discipline créative. On avait juste un problème de diffusion des créations puisque la rue Mailly à Perpignan était le seul véritable endroit où l’on pouvait exposer. De par ma présence au journal, j’essayais d’offrir à l’école une lucarne mais c’était difficile. Au début des années 70, la production des Beaux-arts ne paraissait pas artistique pour tout le monde ».

Précurseur, le journaliste critique le sera aussi en 1979 lorsqu’il souffle à l’oreille de Michel Maldonado l’idée de lancer à Eus, les « Nits de Canço i de Música ». « J’étais venu au premier vernissage d’arts plastiques de la fondation Boris Vian. Je leur ai donné une liste de noms et d’acteurs locaux, le fait de travailler au journal me servait à accélérer les rencontres.» Ce fut également le cas au festival d’Estavar ou d’Elne. Ce travail, il le fait avec l’adjectif qui lui colle tant à la peau, la modestie et l’effacement pour laisser parler et s’exprimer les talents. C’est avec ce même  tempérament qu’il entame en compagnie de René Grando un travail journalistique pour l’époque : retranscrire au travers de témoignages et de documents d'archives l'histoire de la Retirada, 40 ans après l'exode de milliers de réfugiés espagnols et qui ont transité dans des camps à Argelès, Saint-Cyprien, Rivesaltes, Le Barcarès. Le voilà encore précurseur. « On est en 1979. Il n’y avait quasiment aucune donnée sur la question. Un historien britannique avait publié un écrit. Il y avait également un mémoire universitaire qui existait et qui n'avait pas été publié. Pratiquement rien, en fait. Personne ne parlait des camps. Ce travail a servi puisqu’il a été utilisé comme la base de deux livres, caution universitaire à notre travail journalistique. Après il y a eu des travaux qui ont démarré ensuite peu à peu... Aujourd’hui, il y a multiplication de livres, de documents, de manifestations».

   40 ans après la Retirada

Comme son compère journaliste, il se plonge dans l’histoire de sa famille, de ses racines bien « que je n’étais pas concerné de la même manière. René était journaliste, moi j’étais plus historien, dans la recherche scientifique. Finalement, on était très complémentaire. Lui avec son courage et son enthousiasme dans le lyrisme et le dualisme. Moi, j’étais plus dans la recherche et le travail de documentation ». Aujourd’hui, Jacques Queralt écrit toujours, beaucoup pour le plaisir. De la poésie ? Un peu, bien que sa modestie l’oblige à dire qu’il ne « s’autorise pas à se mettre dans le costume de poète ». L’homme travaille à manipuler les langues, les dictons, les brèves de comptoir. « J'aime la citation du jour, cela me rappelle mes premiers pas à l'école. Après je ne cours pas après les éditeurs, et la réciproque est également vraie ». Nous vous l’avions dit, l’homme vit très bien à l’ombre de la lumière ».        lasemaineduroussillon.com

 

-  Bernard REVEL : Met Barran (1941-2020) le Bloc de Jacques Quéralt (extrzits)

Jacques Queralt qui nous a quittés le 19 avril, était un « phare » culturel dans cette région qui en compte peu. Sa lumière nous guidait dans nos choix, ouvrait notre esprit et nous rendait plus intelligent. Son blog, gisement littéraire que devraient se disputer les chercheurs de pépites s'il en reste encore

dans le monde de l'édition, est désormais le seul lien qui nous reste avec ce penseur tous azimuts. S 'exprimant aussi aisément en catalan qu'en français, dans un mirobolant méli-mélo de styles, de textes brefs ou très longs, de présentations et de comptes rendus, jouant autant avec les mots qu'avec les caractères d'imprimerie. Jacques Queralt nous lègue le reflet le plus complet et le plus subjectif d'une décennie pendant laquelle

rien de ce qui était digne d'intérêt ne lui a échappé.(…)

   Si Met Barran ne manquait jamais d'inspiration pour « pisser de la copie », il excellait aussi dans le bref, livrant presque quotidiennement aphorismes, sentences, haïkus de toutes sortes. Ses formules inclassables semblaient jaillir d'une imagination qui jouait sur les registres de la vie, de l'humour et du

délire, comme si, en lui, s'affrontaient Delteil, Bausil et Dalf. Les uns percutants, marrants, limpides, d'autres plutôt absurdes, nébuleux, déconcertants, ces petits bijoux collent au portrait que fait l'écrivain Joan Daniel Bezsonoff Montalat de leur auteur : « Comme Emil Cioran, il avait bu toutes les liqueurs de la mélancolie, mais il le cachait avec la classe d'un Cary Grant, un humour poignant qui devait tout à la discrétion ». ·

   Avec émotion je plonge depuis quelques jours dans les pages du blog et c'est du pur Queralt qui remonte à la surface :

- « Combien de mots parvenus à la pointe de notre langue, hésitent et font marche amère pour ne pas blesser, séduire ou tromper ? »

- « Je ne vous cacherai pas que je suis le tout premier à me hérisser de ce que j'écris, mais admettez que c'est la preuve que notre bête a encore du poil». ~
«
C'était mieux avant. Mais, que diable ! pourquoi ne nous l'a-t-on pas seriné quand nous y étions dans cet antan du temps».

- « Dès que tu as l'impression que ton écriture rame, ne t'interroge pas sur les causes de cette fatigue, change de papier. Tu avais dû choisir une feuille de pacotille».

- « Si tu es victime d'un regard fuyant, un seul conseil, ne le poursuis pas!»

- « Ma face cachée nie les neuf dixièmes de ma face montrée. Et je ne vous en avoue pas plus. »

- « Si la neige croyait au ciel, elle ne se détacherait pas d'un palais si haut perché».

- « C'est parce qu'actu rime avec cul que j'en détourne mon regard et m'arrime fortement à hier qui rime avec bière ».
by.revel@wanadoo.fr (https://www.lasemaineduroussillon.com/hebdo, n° 1239, p22)