Haut de Page        Accueil

(-  22/02/20  -   Il existe un idéal communautaire qui ne mérite pas l'opprobre

La lutte contre l'islamisme en France conduit à ne voir dans l'acception du terme de « communauté_» qu'un lieu de soumission de ses membres à une identité collective, regrette le sociologue Alain Policar.

Les annonces récentes du pouvoir confirment les craintes qu'il était lucide d'entretenir: le communautarisme (rebaptisé« séparatisme », ce qui est mal nommer la supposée menace) est un nom d'emprunt, et la lutte contre lui semble surtout dirigée contre l'islam, compris comme la source de la

radicalisation islamiste et, dès lors, érigé en figure de l'altérité.

   Le succès du terme « communautarisme » s'est bâti sur une ambiguïté : la communauté renvoie aussi bien à la contrainte que les traditions font peser sur la liberté individuelle qu'à l'idée que nous ne réalisons notre pleine humanité que dans l'intersubjectivité. D'un côté, une communauté fermée exigeant la soumission de ses membres à une identité collective considérée comme première; de l'autre, l'adhésion volontaire à une communauté de valeurs, une communauté ouverte qui n'exige nullement  la mono appartenance identitaire mais qui, au contraire, fait de la multiplicité des affiliations (Suite de la page d’Accueil ) un instrument de l'autonomie du sujet.

   Le communautarisme peut donc se présenter comme un exclusivisme, lorsqu'il prétend subordonner la loi de la République à l'autorité d'une communauté, ou, au contraire, comme l'expression d'une inquiétude devant les difficultés du vivre-ensemble.

   Concept diabolisé

On a pourtant, en France, systématiquement privilégié la première acception. Le communautariste, c'est toujours l'autre, nonobstant l'existence de plus en plus préoccupante d'un identitarisme républicain qui, au moins implicitement, adopte une posture exclusiviste. On construit ainsi, sans vergogne, le mythe d'un modèle « républicain » attentif à intégrer les minorités et, dans le même mouvement, on diabolise à la fois le concept de communauté (lorsque celle-ci n'est pas nationale) et le fait communautaire en tant que tel. Pourtant, lorsque les communautés se présentent comme des communautés de vie n'ayant aucune visée politique, pures communautés émotionnelles, elles relèvent du droit des citoyens de s’associer librement

en référence à divers critères.

   On peut citer d'innombrables communautés qui ne constituent aucunement une menace pour l'unité du corps social : les communautés de mémoire, d'intérêts et de goûts, de valeurs, de croyances, de langue, de travail solidaire, de participation à un même projet, etc. Il existe ainsi un idéal communautaire qui ne mérite pas l'opprobre dont il est frappé. L'insistance sur les héritages, les significations et les valeurs partagées, sur la solidarité et la fraternité, sur les liens affectifs, sur la participation active au groupe, voilà ce qui peut être positivement mis au compte de cet idéal.

   La communauté renvoie donc largement à la chaleur des rapports directs entre des individus réunis  autour d'un projet ou d'une histoire, que cette dernière soit réelle ou largement mythique. En outre, nous ne devrions avoir aucune difficulté à reconnaître que l'individu n'est pas capable de manifester une  psycholqgie humaine complète sans cette médiation-là. Dès lors, le droit d'appartenir volontairement à des communautés ouvertes constitue l'un des droits les plus fondamentaux de l'individu moderne.

   Il est significatif que, dans la tête du président de la République, l'appartenance à l'islam ne soit pas interprétée ainsi. Les raisons tiennent largement à notre héritage colonial. On parle ainsi, trop souvent,

non du rapport à l'islam, mais de notre rapport à l'islam, autrement dit on pose l'islam et, bien évidemment, ceux qui en sont les fidèles, en position d'extériorité. Il y aurait, comme certains n'hésitent pas à l'écrire indignement, d'un côté la « civilisation française » et de l'autre l'islam, comme si l'histoire de la France n'était- pas aussi celle de ses colonies. L'ignorer, c'est fabriquer une question sans le moindre fondement, celle de la compatibilité entre la citoyenneté et la foi musulmane. On présuppose ainsi une exception et on se propose d'aller chercher ses causes dans la nature de l'islam, généralement décrit comme monolithique et rétrograde. C'est oublier que, comme tous les textes religieux, le Coran n'a jamais cessé d'être  interprété, d'abord parce que la langue arabe, comme toutes les langues, évolue, et aussi parce que les

musulmans du monde ont des langues et des cultures différentes et qu'il a bien fallu interpréter pour établir des dénominateurs communs.

   La lutte contre le véritable communautarisme, celui qui exclut et ne préserve pas la valeur fondamentale de l'autonomie individuelle, ne peut être séparée (c'est le cas de le dire!) des politiques sociales pour lutter contre les discriminations et les inégalités (à travers des mécanismes de redistribution à réinventer), et des politiques culturelles contre les assignations identitaires et les dominations communautaires.

   Ce n'est pas la voie choisie par le pouvoir, entièrement occupé à nourrir les passions tristes et à construire une image de la France « débarrassée des créations de l'esprit venues de l'étranger et de la pensée des Autres, ces symboles par excellence de l'Ailleurs, de ceux-là auxquels nous ne pouvons plus guère nous identifier, et que l'on doit, dans tous les cas, empêcher de se glisser dans nos formes de vie, puisqu'ils finiront tôt ou tard par nous empoisonner » (Achille Mbembe, « Pourquoi ont-ils tous peur du postcolonial? »,AOC, 21-1-2020). •

Alain Policar est sociologue au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof)  - (https://www.lemonde.fr/, le journal n°23365, p28)

-  Macron : (la-croix.com/)

 

-  10/02/20  -  Thomas Piketty  : Social-fédéralisme contre national-libéralisme. Ainsi donc le Royaume-Uni a-t-il quitté officiellement il y a quelques jours l'Union européenne. Que l'on ne s'y trompe pas: avec l'élection de Trump aux Etats-Unis en 2016, il s'agit d'un bouleversement majeur dans l'histoire de la mondialisation. Les deux pays qui avaient fait le choix de l'ultralibéralisme avec Reagan et Thatcher dans les années 1980, et qui avaient depuis lors connu la plus forte progression des inégalités, décident trois décennies plus tard d'opter pour le nationalisme et une forme de retour aux frontières et à l'identité nationale.

Ce tournant peut se voir de différentes manières. Il exprime à sa façon l'échec du reaganisme et du  thatchérisme. Les classes moyennes et populaires états-uniennes et britanniques n'ont pas connu la prospérité promise par le libéralisme intégral. Au fil du temps, elles se sont senties de plus en plus malmenées par la concurrence internationale et le système économique mondial. Il fallait donc désigner des coupables. Pour Trump, ce furent les travailleurs mexicains, la Chine, et tous les sournois du reste du monde qui auraient volé le dur labeur de l'.Amérique blanche. Pour les brexiters, ce furent les Polonais, l'Union européenne et tous ceux qui s'en prennent à la grandeur britannique. A terme, la politique de repli nationaliste et identitaire ne résoudra aucun des grands défis de notre temps, inégalitaires et climatiques, d'autant que les trumpistes et les brexiters ajoutent une nouvelle couche de dumping fiscal et social en faveur des plus riches et des plus mobiles, ce qui ne fera qu'accroître les inégalités et les frustrations. Mais, dans l'immédiat, le discours nationaliste-libéral apparaît souvent aux électeurs qui votent encore comme la seule réponse nouvelle et crédible à leur malaise, faute de discours alternatifs plus convaincants.

   La tentation Identitaire et xénophobe

De fait, ce risque de dérive idéologique dépasse de très loin le cadre anglo-saxon. La tentation identitaire et xénophobe existe un peu partout, en Italie et en Europe de l'Est, au Brésil ou en Inde. En Allemagne, le « centre droit» vient d'élire en Thuringe un gouvernement régional avec les voix de l'extrême droite, pour la première fois depuis la guerre. En France, l'hystérie arabophobe atteint des sommets. Une part croissante de la presse semble s'imaginer que la« gauche» serait responsable de la montée de l'islamisme mondial, du fait de sa permissivité, de son tiers-mondisme et de son électoralisme. En réalité, si les électeurs  d'origine nord-africaine ou subsaharienne votent pour les partis de gauche, c'est avant tout du fait de la violente hostilité exprimée à leur encontre par la droite et l'extrême droite, de même que les électeurs noirs aux Etats-Unis ou musulmans en Inde.

   Au-delà des spécificités nationales, il faut d'abord analyser le Brexit pour ce qu’il est: la conséquence d'un échec collectif dans la façon dont on a organisé la mondialisation économique depuis les années 1980, notamment au sein de l'Union européenne. Tous les dirigeants européens successifs, en particulier français et allemands, portent leur part de responsabilité. La libre circulation des capitaux, des biens et

des services, sans régulation collective, sans politique fiscale ou sociale commune, fonctionne avant tout au bénéfice des plus riches et des plus mobiles, et lamine les plus défavorisés et les plus fragiles.

   On ne peut pas définir un projet politique et un modèle de développement en s'appuyant simplement sur le libre-échange, la concurrence de tous contre tous et la discipline de marché. L'Union européenne a certes ajouté deux éléments à ce schéma général d'organisation de l'économie mondiale: la libre circulation des personnes, et un petit budget commun (1 % du PIB européen) alimenté par les contributions des Etats et finançant de légers transferts des pays les plus riches (environ 0,5 % de leur PIB) vers les plus pauvres.                Avec la monnaie commune (que l'on retrouve également en Afrique de l'Ouest), c'est ce qui distingue l'UE des autres zones de libre-échange dans le monde, comme par exemple en Amérique du Nord (Mexique, Etats-Unis, Canada), où l'on ne pratique ni la libre circulation des personnes, ni le budget commun et les fonds structurels régionaux. Le problème est que ces deux éléments sont insuffisants pour arrimer les pays à l'ensemble. Le pari des brexiters est simple: le cours actuel de la mondialisation permet d'avoir accès au libre-échange sur les biens, les services et les capitaux, tout en conservant le contrôle des flux de personnes, et sans contribuer à un budget commun.

   Ce piège mortifère pour l'Union européenne ne peut être évité qu'en redéfinissant radicalement les règles de la mondialisation, avec une approche de type «social-fédéraliste». Autrement dit, le libre-échange doit être conditionné à l'adoption d'objectifs sociaux contraignants, permettant de mettre à contribution les acteurs économiques les plus riches et les plus mobiles au service d'un modèle de développement durable et équitable. (…)
 (
https://www.lemonde.fr/, le journal, p27)

 

 

 

DROCOURT NATURE vous parle un peu du Ciel,
de la Planète, des HUMAINS ET DES ANIMAUX

La parole à :

 

Des Personnes

-  Jiddu KRISHNAMURTI  -  Pierre RABHI  -  Laurent RODRIGUEZ  -  Baruch SPINOZA  -  Michel TARRIER  - 
-  François
ARAGO  -  Antoni CAYROL (Jordi Père Cerdà)  -  Gérard CHAROLLOIS -  Père FIGUERES  -  Hubert REEVES  -  Josep de Calassanç SERRA 'Cala'  - 
   
Mes VEDETTES  :  -  Humanistes : 109  -  Artistes : 110  -  Catalans : 110  -  Scientifiques : 111  -  Astronomes :  111  -  Ecologistes : 112  -  Pro-Animaux :        113  -  Anti-corrida :  113

Ci-dessus  -    LES PERSONNES   -  DIVERS

 LE SITE  :  Date de la dernière info pour chaque page