(02/06/20  -  Ruffin: « Nous devons refermer la parenthèse libérale»

   Le député « insoumis » de la Somme qui sort un livre le 3 juin, détaille ses axes de réflexion sur l' après-Covid.
ENTRETIEN : François Ruffin, député (La France insoumise) de la Somme, veut penser l'après-crise. Il a synthétisé ses pistes de réflexion dans son livre
Leur folie, nos vies (Les liens qui libèrent, 272 pages, 17,50 euros) qui sort le 3 juin. Dans un entretien au Monde, il explique comment faire pour « changer de cap» et appelle au rassemblement de la gauche et des écologistes;

   Dans votre livre, vous dites que la crise est « la dernière chance que nous offre la nature». Cette crise peut-elle être salvatrice?     Il faut revenir à la tragédie qui sous-tend tout. Les douze derniers mois battent des records de chaleur. Nous fonçons droit dans le mur écologique, à vitesse accélérée. On le sait, et on sait pourquoi: avec le triptyque croissance-concurrence-mondialisation, on rend l'air irrespirable, l'eau imbuvable et la planète invivable pour nos enfants. Il nous fallait appuyer sur le frein, changer de direction, mais nous ne faisions rien. Survient cet événement, la crise du Covid, qui met le monde à l'arrêt. C'est l'occasion d'un changement de cap: c'est maintenant ou jamais. Toute crise produit des dégâts, économiques, sociaux. Mais que fait-on de cette crise? Celle de 1929 a donné le nazisme en Allemagne, le New Deal aux Etats-Unis, le Front populaire en France. Si nous ne faisons pas de cette crise l'occasion d'un changement de direction, cela aurait été une crise pour rien.

   Vous faites le constat de divisions exacerbées dans la société. N'y a-t-il pas d'espoir qu'elles puissent être dépassées? Si, et la fraternité, je la souhaite. Mais il y a une condition, juste devant, dans la devise républicaine: l'égalité, fût-elle imparfaite. Depuis trente ans, la mondialisation a tracé une frontière. entre vainqueurs et vaincus. La main invisible du marché ne va pas, naturellement, mieux payer la femme de ménage, ou les auxiliaires de vie, et moins rémunérer le trader ou le publicitaire. Laissée libre, cette main invisible élève les uns, écrase les autres. Elle ne va pas naturellement relocaliser l'agriculture, les vêtements, les aliments. Je ne dis pas qu'on doit supprimer le marché, mais il faut réguler, encadrer et diriger. Il faut une direction à l'économie, comme aux Etats-Unis durant la guerre: toute l'énergie, tous les capitaux, tous les savoir- faire étaient dirigés vers la production de chars, de porte-avions. Il nous faut une économie de guerre climatique. Mais comment des gens incapables de fournir des masques et des sur-blouses à nos soignants pourraient faire basculer l'agriculture, le logement, les transports, l'énergie?

   Et cette alternative entre le marché dérégulé et une société égalitaire, on y parvient d'un coup ou à petits pas ? Nous devons basculer dès maintenant, sans attendre l'«après». Aujourd'hui, on a un Etat qui colmate, sur l'aéronautique, sur l'automobile, mais pas un Etat stratège. Que veut-on produire? Nos dirigeants ne le disent pas, ne le savent pas, car ils ne dirigent pas. J'interrogeais la secrétaire d'Etat à l'industrie, Agnès PannierRunacher, sur la production de '[médicaments] hypnotiques, et elle me réplique: « On peut faire confiance à Sanofi. » Tout est dit. Ils parlent de souveraineté alimentaire et, en même temps, ils signent des accords pour importer du bœuf mexicain! Ils dénoncent, un instant, la mondialisation comme une «folie», mais ils la poursuivent. Au cœur de cette crise, il y a une crise de direction : à la tête de notre pays, nous avons des gens qui sont psychologiquement, idéologiquement et culturellement incapables de rompre avec la main invisible du marché..

   L'UE vient de débloquer un plan d'aide massif. Y croyez-vous? 750 milliards, très bien, mais je veux qu'on me dise pour quoi faire, quel est le sens? A quoi vont-ils servir? A « repartir» ? De l' avant, comme avant, pire qu'avant? Ou veut-on cibler, diriger les capitaux, les énergies? Je mettrais le paquet sur trois secteurs: le bâtiment, l'agriculture, les métiers du lien, trois leviers pour une bascule écologique, et pour l'emploi de masse.

   Votre livre est celui d'un homme en colère. Est-ce un bon ciment pour construire ? Il y a de saines colères. Il faut une alchimie, pour que la colère se transmue en espérance. Mais le sentiment qui m'habite, en vérité, et qui habite plein de gens, c'est l'angoisse: quel monde terrifiant va-t-on laisser à nos enfants?

   Votre option protectionniste fait-elle consensus à gauche? Le 23 mars 1983, Lionel Jospin déclarait pour le Parti socialiste : « Nous ouvrons une parenthèse libérale. » C'était l'acte de décès de la gauche. Près de quarante ans plus tard, il faut la refermer, et avec clarté.

   Il y a des points communs entre ce que vous dites et la démondialisation d'Arnaud Montebourg ... C'est une évidence. Il y a du commun. Vous savez, depuis la Picardie, de Whirlpool en Goodyear, je suis en première ligne pour assister aux dégâts de cette mondialisation. Mais, à l'inverse d'.Amaud Montebourg, et sans bien sûr interdire le dialogue, je ne suis pas productiviste. Il y a des tas de productions inutiles, qu'il faut cesser. Nous devons rompre avec la croissance. Et même pour l'industrie, comme but poursuivi, je pose l'impératif écologique.

   Les gauches et les écologistes se reparlent. Est-il possible .d'aller plus loin? Il le faut. j'espère que les dirigeants ressentent le poids de leur responsabilité - pardon des grands mots - devant l'histoire. Nous sommes à un moment tragique pour l'humanité, et j'espère que nous, je me comprends dedans, saurons être à la hauteur.

   C'est-à-dire? Il faut une alliance de toute la gauche ? Et des écologistes, un front populaire écologique. Mais avec comme centre de gravité la fermeture de la parenthèse libérale: direction de l'économie, régulation du marché, protection des échanges. Et enfin, assumer du conflit. Les forces de l'argent ont le volant entre les mains, elles ne-vont pas le lâcher parce qu'on leur fait des câlins et des bisous.

   Pour vous, ·ce sont les dirigeants économiques qui conduisent le pays ? Le pouvoir est habité, colonisé, par les intérêts privés. Si, demain, un programme de rupture l'emporte à une élection, nous allons nous heurter à des puissances énormes: les firmes de l'agrochimie, de la pharmacie ... Pour reprendre le François Mitterrand des années 1970: « les maîtres de l'argent, les maîtres du sol, les maîtres du sous-sol», et on peut ajouter les maîtres des start-up. Il y aura de la conflictualité.

   Vous parlez de Mitterrand, il avait prévu cette conflictualité et il a quand même dû faire le tournant de la rigueur. Le changement que vous souhaitez est-il possible? Ce ne sera pas facile, ça ne l'est jamais, les forces en face sont toujours colossales. Maintenant, François Mitterrand est arrivé au pouvoir à contretemps de l'histoire, quand la vague socialiste reflue, quand les libéraux reconquièrent le monde avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Au fond, Emmanuel Macron accède aussi au pouvoir à contretemps de l'histoire, dans un moment où les idées libérales reculent. C'est le cas depuis, au moins, le 29 mai 2005. Ce jour-là, leur idéologie est morte démocratiquement. Ils la prolongent malgré le peuple, contre le peuple. Même la situation internationale ouvre une brèche : toute l'Europe du Sud souffre, l'Italie, la Grèce, l'Espagne, le Portugal sont des alliés pour le changement. Surtout, tout cela sera peine perdue si, aux urnes, ne s'ajoute pas la rue. Sans un appui populaire, comme en 1936, les élus, même à

l'Elysée, même dans les ministères, même de bonne volonté, ne pourront rien, ou pas grand-chose.

   Ces idées sont-elles majoritaires en France ? Oui, ils ont perdu l'hégémonie culturelle.« Concurrence»,« mondialisation » sont devenus des repoussoirs. Mais ce refus trouve aussi comme débouché le Front national.. Malheureusement, Marine Le Pen gèle la situation politique,

c'est la meilleure alliée du statuquo.

   Comment votre camp politique peut-il faire? D'abord, être rassemblés: les gens prendront toujours le plus gros bâton pour taper sur Macron. Et énoncer notre rupture avec clarté, sans chipoter... ·

   Pouvez-vous incarner cette voie?  J’essaie déjà de l'incarner, du mieux que je peux! Maintenant, si la question est: « Est-ce que je me présente à la présidentielle?», aujourd'hui, la réponse est non.

   Sur BFM-TV, vous sembliez envisager une candidature ... La question était: « Pouvez-vous nous assurer que vous ne serez pas candidat?» Si je suis honnête, c'est une hypothèse, improbable, mais que je laisse, parmi beaucoup d'autres, sur la table. C'est presque un défaut, mais je ne sens pas en moi cet appétit de pouvoir.

   C'est toujours Jean-Luc Mélenchon qui doit être candidat en 2022 ? Jean-Luc Mélenchon a énormément de talent, c'est évident, une stature, de l'expérience, il a remis la gauche sur ses deux jambes, la rouge et la verte. Maintenant, on est à deux ans des élections. En 1995 on prévoyait un duel entre Edouard Balladur et Jacques Delors. En 2012, on attendait Dominique Strauss-Kahn. En 2017, c'était. Alain Juppé. L'enjeu, aujourd'hui, n'est pas la course de petits chevaux, mais d'ouvrir, pour les gens, pour nos enfants, un chemin d'espérance entre l'extrême droite et l'extrême argent. »
PROPOS RECUEILLIS PAR ABEL MESTRE ET SYLVIA ZAPPI.  (https://www.lemonde.fr/, le journal,  n°23384, p12)

 

29/05/20  -  « La résistance pour « de nouveaux Jours Heureux »

Le jour d'après. C'est dès maintenant que la société nouvelle se construit pour exiger progrès social et solidarité.

La crise du Covid-19 est beaucoup plus qu'une crise sanitaire, c'est la faillite du modèle qui domine le monde. La casse des services publics, l'étranglement des budgets des États, les délocalisations, ont pesé très lourd dans la gestion de cette crise. La mondialisation libérale, le capitalisme, l'Europe de l'austérité ont fait la preuve des échecs, de la nocivité du système pour l'humanité tout entière.
   Ce coronavirus a agi comme un accélérateur de maux déjà profonds : misère, chômage, précarité, inégalités sanitaires et scolaires. Ce n'est pas la fatalité mais des choix politiques de ceux qui les ont portés qui sont responsables de la situa tion. Ils sont aujourd'hui disqualifiés pour écrire la suite. Cependant ils travaillent à la restriction des droits et libertés pour se maintenir. Ce sont eux qui doivent payer la facture et non pas celles et ceux qui produisent les richesses.

   La résistance s'organise. La population a célébré, malgré le confinement, la journée internationale des travailleurs sur les réseaux sociaux et depuis les balcons. Les soignants comptent sur tous les Français, qui les ont applaudis chaque soir, pour manifester en faveur de l'hôpital public.

   La résistance est d'ores et déjà en marche pour « de nouveaux Jours Heureux». Voici ce que nous pouvons voir et entendre :

• « Nous voulons, sans attendre, des masques gratuits pour tous, des tests et des moyens pour les soignants. »

• « Nous voulons tirer des griffes du marché tous les secteurs essentiels à la vie, à commencer par la santé et la sécurité sociale. »

• « Nous voulons une relance de I' activité économique sous le contrôle de celles et ceux qui produisent, tenant compte de l'impératif climatique et visant à répondre aux besoins de la population et du pays.» 

• « Nous voulons la relocalisation et la socialisation des outils de productions agricoles et industriels.(…)     Dominique Gerbault.
(
http://letc.fr/ , Le travailleur Catalan, le journal, n° 3836, p3)

 

 

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La parole à :
François Ruffin

 

 

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