La parole à :

()   08/06/20  -  Lazhari Rihani : “Face à la Covid, penser notre place dans l'Univers et le monde”

Coronavirus, une conversation mondiale | Et si la conversation mondiale se faisait universelle ?

   Lazhari Rihani, professeur de linguistique arabe à la faculté de Langue et Littérature arabes Alger 2, déplace cette conversation mondiale vers le ciel et ses confins pour mieux regarder de plus près les contours de notre existence. Le moment que nous vivons, comme accélérateur de processus techniques, relance la nécessité de se "connaître soi-même", c'est-à-dire de s'interroger sur notre place entre la nature et ce qui nous dépasse.

Un bref historique des épidémies dans l’Histoire de l’humanité nous révèle que toutes s’étalaient dans le temps. La peste Antonine, la troisième pandémie de choléra, la peste noire, la grippe espagnole (H1N1), la grippe asiatique et bien d’autres exemples, ont duré plusieurs années et on fait des millions de morts. Cependant, jamais une épidémie ne s’est propagée à l’échelle planétaire et aussi rapidement comme ce fut le cas pour le SRAS-Cov-2 (le coronavirus) pour devenir une pandémie.  

   Parallèlement à cette tragédie, le monde s’apprête à entrer dans une ère nouvelle, celle de l’« industrie 4.0 ». Cette quatrième révolution industrielle, portée aux nues par l’Homme economicus, est présentée comme un véritable bouleversement des moyens de production. 

Elle fait simultanément intervenir plusieurs technologies, à savoir le numérique (robotique, fabrication additive, intelligence artificielle, réalité augmentée), l’exploitation des données du Big data, et la production en usines interconnectées qui, non seulement communiquent entres elles pendant les différentes phases de production, mais également avec les consommateurs via des plateformes gérées, le plus souvent, par des marketeurs au moyen d’algorithmes. 

   Cette industrie aurait en effet un faible coût écologique, nous dit-on. Elle permettra aux entreprises de vendre des produits personnalisés à moindre coût, tout en maintenant des profits durables. Cependant, elle aura un coût social, politique et moral. Nous précisons surtout que cette industrie altérera, en même temps, les notions de « travail » et d’« humanité ». 

Dans ce contexte pandémique, la Covid-19 a eu un double effet. Elle a accéléré le processus d’émergence de cette industrie, mais elle a aussi contribué à une prise de conscience, à l’échelle planétaire, de la nécessité du retour à l’essentiel car c’est dans des moments de crises majeures que l’être humain est appelé à réfléchir à une autre possibilité existentiale d’« être-au-monde », une notion heideggérienne, expression de tout ce qui se rapporte à la constitution intrinsèque de l'existence humaine 

   Nous et le monde   

L’un des problèmes majeurs dans la physique fondamentale est la connaissance du destin de l’Univers. Depuis des millénaires on pensait que l’Univers se limitait à notre galaxie, et qu’il était une enveloppe qui avait pour fonction de contenir les astres. Cette vision avait été révolutionnée par deux grandes découvertes faites par l’astronome américain Edwin Hubble. La première dévoile, en 1924, l’existence d’autres galaxies éloignées. La seconde, faite en 1929, dévoile un Univers qui ne serait pas statique mais en expansion. En 1996, une autre découverte vient confirmer cette vérité, grâce aux observations de Saul Perlmutter et Adam Riess, deux cosmologistes qui ont découvert, chacun de son côté, que l’Univers était non seulement en expansion mais en expansion accélérée. C’est la plus grande découverte astronomique jamais faite. Depuis cette date, les physiciens s’accordent à dire que l’Univers finirait, probablement après quelques milliards d’années, dans un destin tragique appelé par certains le Big Rip.  

Certes, le destin de l’Univers est l’un des sujets les plus importants pour la communauté scientifique, au même titre que l’origine de l’Univers ou celle de la vie. 

   Cependant, d’un point de vue purement ontologique, quand on se place sur une échelle de temps aussi importante, qui se mesure en milliards d’années, le destin de l’Univers verra son importance reculer pour l’Humanité d’aujourd’hui quand celle-ci vit, depuis plusieurs mois, sous la menace d’une nano-présence qui porte la peur, la maladie et surtout la mort. Nous voilà donc devant une Humanité affaiblie et fragilisée qui pourrait bien disparaître un jour, tout comme d’autres espèces ayant jadis peuplé la terre.

Les scénarios de la disparition de l’espèce humaine sont divers : maladies pandémiques, guerres, cataclysmes terrestres (effets du réchauffement climatique) ou cosmiques (impact de météorites), etc.  Cependant, si l’espèce humaine ne sera plus là pour témoigner de la fin de l’univers, elle ne pourra pas échapper à témoigner de sa propre fin, d’autant plus qu’elle y contribue vivement. C’est pourquoi nous considérons que le moment est opportun pour continuer à penser notre essence et, comme le dit si bien Edgar Morin, réfléchir au « destin planétaire du genre humain » (Morin, 2006) et simultanément à notre position dans l’univers. 

   « Nous-dans-l’univers » 

Le 5 septembre 1977, la NASA lança la sonde spatiale « Voyager 1 » dans l’espace. Sa mission était de recueillir les données permettant l’étude des planètes dites externes, celles de Jupiter et de Saturne, notamment. Un disque en or, un support représentant la diversité de l’espèce humaine, fut déposé sur la sonde et envoyé à la rencontre d’une éventuelle vie intelligente extraterrestre. 

   Le 14 février 1990, après 6 milliards de kilomètres parcourus à quelques 62 milles km/h, quand sa mission fut accomplie, la sonde fut instruite de tourner sur elle-même en direction de la Terre pour prendre une dernière photographie avant de continuer son voyage dans l’espace interstellaire. L’image parvenue à la NASA montrait la Terre, un petit point insignifiant tel un grain de poussière, suspendue dans le vide parmi des millions d’autres astres. Ce 0.12 pixel, flou et à peine visible, sera baptisé par Carl Sagan, dans ses « réflexions sur un grain de poussière », un texte des plus marquants, « pale blue dot » (Sagan, 1994). Ce « point bleu pâle » sur lequel vit notre espèce, parmi des millions d’autres espèces, n’est, selon moi, que le titre d’une arrogance de l’Homme inégalée. L’Histoire du genre humain, dans ses moindres détails, en dit longuement sur sa volonté de puissance et de domination. C’est aussi le titre d’un oubli originel de sa vérité, entendue, ici, comme un dévoilement de son être. 

   Il est vrai que l’expérience humaine, vécue depuis des dizaines de milliers d’années, ne pouvait conduire qu’à une double conception géocentrique (la Terre, centre de l’Univers) et anthropocentrique (l’Homme, centre du monde) selon lesquelles tout ce qui existe, c’est-à-dire ce que nous appelons « nature », est là (n’est là, pour les créationnistes, que) pour le servir, comme une sorte de « stock » dans lequel il puise comme il veut.  

Proposer un modèle nouveau d’une citoyenneté universelle, associée à une citoyenneté mondiale dans son acception kantienne, ne peut se concevoir en faisant une tabula rasa de la littérature qui traite du sujet. Or, une telle tentative ne saurait se faire sans une critique de la technique, telle qu’elle nous est présentée, comme le destin de l’humanité. 

   Homme-technique-monde : un rapport complexe 

On doit à Marshall McLuhan, dans Pour comprendre les médias (McLuhan, 2001), son célèbre aphorisme : « le message est le média ». L’apport majeur de cet ouvrage controversé est, d’une part, l’appel à délocaliser l’intérêt au contenu à celui du media lui-même, et d’autre part de considérer la technologie comme une transformation de la manière d’être de l’Homme à la fois dans la société et le monde. La thèse principale de cet auteur est de considérer que toute découverte technique est « médium », un « prolongement de l’Homme », de ses sens comme de son corps, qui s’opère dans l’espace et dans le temps. 

   En effet, depuis l’homo erectus, de la technologie lithique à l’industrie 4.0, l’Homme n’a fait, en réalité, que construire des liens avec ses semblables et avec le monde, en prolongeant ses membres et ses sens. Sa quête technologique consistait à améliorer les extensions de ses sens et de leurs substituts, mais tendait, principalement, à perfectionner l’extension de ses extensions elles-mêmes. Ainsi, les moyens de transport, de la roue à l’avion, seraient l’extension de nos pieds ; le téléphone, l’extension de notre voix, mais de l’ouïe aussi ; le télescope spatial Hubble, à titre d’exemple, celle de nos yeux et nos lunettes, tandis que le pointeur laser l’extension de notre doigt.  (franceculture.fr)

 

 30/05/20  -  François de closets : La génération prédatrice du « toujours plus » devrait avoir honte

   Le journaliste et essayiste accuse les 150 signataires d'une tribune publiée dans « Le Monde» du 27 mai et appelant à une« révolution de la longévité·» de « revendiquer l'argent que nos enfants n'auront pas» publiée dans Le Monde du 27 mai, une tribune appelait le pays à prendre soin de la génération des « nouveaux vieux» nés autour de 1950. Que l'on permette à un « ancien vieux» né dans les années 1930 d'y répondre. Et tout d'abord de poser aux signataires de ce texte plusieurs questions. N'éprouvent-ils pas de la gêne, pour ne pas dire de la honte, en regardant leurs enfants et petits-enfants ? Ne sont-ils pas conscients d'appartenir à une génération prédatrice qui laisse à ses descendants une nature dévastée et 2000  milliards d'euros de dettes accumulées sans la moindre justification? Croient-ils vraiment que nous n'y sommes pour rien?

   Leur texte fait référence au « défi de la longévité». Fort bien. Celui-ci ne se traduit-il pas, en premier lieu, par le fait que l'on conserve plus longtemps la pleine possession de ses moyens, bref que nous sommes en état de travailler à un âge plus avancé que nos parents? Et qu'avons-nous fait? Notre génération du « toujours plus » a fixé la retraite pour tous, et pas seulement pour les ouvriers, à 60 ans, mettant ainsi cinq années de plus à la charge de nos enfants: Et pour que ces années soient confortables, nous nous sommes octroyé un niveau de vie supérieur à celui des actifs. C'est ainsi que la part de la richesse nationale affectée aux soins de la vieillesse atteint chez nous le chiffre record de 14 % du produit intérieur brut. Et ce n'est pas assez, il faudrait y rajouter 10 milliards d'euros alors même que les budgets explosent de partout.

   J'éprouve une immense gratitude vis-à-vis des moins de 60 ans qui ont accepté ce sacrifice, qu'ils vont payer très cher, pour nous sauver. Les auteurs de la tribune le rappellent eux-mêmes: le Covid-19 ne représente une menace mortelle que pour les plus de 64 ans. Les jeunes générations pouvaient  parfaitement vivre avec et laisser mourir les anciens. C'est d'ailleurs ce que notre génération a fait, entre 1968 et 1970, avec la grippe de Hongkong, tout aussi géronticide. Nous n'avons pas, que je sache, arrêté le pays pour sauver nos parents. Donc nous sommes redevables aux moins de 60 ans et devons apporter tous nos efforts à la lutte contre l'épidémie.

   Le chœur des Indignés (…)  François de Closets, né en 1933, est journaliste et essayiste. (https://www.lemonde.fr/, le journal,  n°23448, p31)

 

 

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