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() -  09/11/19  -  MOBILISATION de cette génération à qui on a volé ses droits sociaux et ses droits dans le monde du travail les plus élémentaires. Celle qui a vu convertir la Méditerranée en un cimetière, et dont la vie sera pire que celle de ses pères et mères. Celle qui dit: "assez''.

   Dernier fait notable, la répression n'entraîne pas une baisse de la mobilisation. « C'est même souvent le contraire. Bien sûr, les "gilets jaunes" ont fini par s'épuiser; mais au bout de combien de temps, et de combien de répression violente? Et il est vrai qu'en Turquie, on est aujourd'hui bien loin du mouvement de révolte de Gezi de 2013; mais il a fallu des purges massives et une persécution judiciaire pour casser les mobilisations.

» Dans beaucoup de pays, on a même plutôt l'impression que l'indignation croît, ajoute-t-il, « à mesure que les gens prennent conscience que la violence d'Etat suggère une hypocrisie des sociétés dites "démocratiques", mais si peu soucieuses des libertés».

Et maintenant? Si nous assistons bien à un changement d'époque, l'avenir des insurrections sociales et leurs conséquences paraissent bien incertains. « On est dans un moment où l'on ne comprend pas comment ces mouvements des rues pourront se transformer ou transformer la politique de leur pays.

C'est une question que tout le monde essaie de résoudre»,  Même s'il n’y a pas encore de résultats politiques concrets, ils ont toutefois créé une atmosphère de solidarité chez les gens, un esprit de refus de certaines choses aussi. Ce qui en fait des mouvements très contagieux et susceptibles de ressurgir à tout moment. Il y a une inclinaison à l'engagement, et ça, c'est positif. »
=     Le nombre de nouveaux
mouvements de contestation visant à réaliser des transitions politiques a quasi doublé entre les décennies 1990-1999 et 2000-2009. Entre 2010 et 2015, il y a eu autant de nouveaux mouvements qu'entre 2000 et 2009. Selon le Centre national sur les conflits non violents, il existe bien une forte croissance de ces soulèvements.

   Freedom House observe les droits politiques et les libertés civiles de chaque pays. Selon cette ONG, la démocratie est en déclin depuis treize années consécutives. Il y a plus de gouvernements autoritaires dans le monde qu'il y a dix ans, et de nombreuses démocraties régressent.

   Bilan humain : Les dernières protestations ont fait 270 morts parmi les manifestants à Bagdad, plus de 250 au Soudan, 20 à  Santiago, - cinq peuvent être imputées aux forces de l'ordre. A Hongkong, un manifestant est mort lors d’une chute. (https://www.lemonde.fr/ , p25)

 

 

  30/10/19  -  Des gens qui descendent dans la rue sur tous les continents pour exiger un système humanisé.  (pressenza.com)

 

29/10/19  - Depuis 6h30 ce matin, des activistes de Greenpeace bloquent la raffinerie de la Mède, près de Marseille. Leur objectif ? Dénoncer la déforestation importée.  L’équivalent d’un terrain de football de forêt est détruit toutes les 25 secondes en Indonésie. Pourquoi ? Pour produire des quantités industrielles d’huile de palme et faire rouler les voitures. En effet, environ trois quarts de l’huile de palme importée en France terminent dans les agrocarburants. Cette huile de palme, majoritairement produite en Asie du Sud-Est, engendre une déforestation massive.  Emmanuel Macron prétend protéger les forêts et la biodiversité, mais « en même temps » il autorise Total à ouvrir une raffinerie d’agrocarburants à La Mède, près de Marseille, pour y importer jusqu’à 650 000 tonnes d’huile de palme par an. C’est un désastre pour les forêts, pour le climat, pour nous tous et toutes. (greenpeace.fr)

 -  27/10/19  -  Liban, Chili, Hong Kong, Soudan… Pourquoi le monde est-il en train de se soulever ?

Une flambée d'insurrections embrase la planète depuis plusieurs mois. Le moteur commun de ces soulèvements est la dénonciation des inégalités économiques et sociales ainsi que la perte de contrôle démocratique. Entretien avec Mathilde Larrère, historienne des révolutions.

Notre monde est-il en ébullition ? Depuis plusieurs mois, de nombreux conflits sociaux traversent les continents, du Hirak en Algérie à la fronde à Hong Kong en passant par les "gilets jaunes" en France. La planète connaît des révoltes populaires dont les points communs sont la dénonciation des inégalités, la demande de démocratie et le rejet des élites.

L'étincelle qui déclenche la colère peut sembler dérisoire, comme la hausse du prix des tickets de métro au Chili ou la taxe sur les appels via des messageries comme WhatsApp au Liban, mais elle est révélatrice d'un malaise plus profond. Pour comprendre ces soulèvements au regard de l'histoire, franceinfo a interrogé Mathilde Larrère, maîtresse de conférences à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée, spécialiste des mouvements révolutionnaires au XIXe siècle. Elle est l'autrice d'Il était une fois les révolutions (Editions du Détour).

   Franceinfo : Peut-on dire qu'il existe un "climat insurrectionnel" dans le monde en ce moment ?

Mathilde Larrère : Il y a des explosions insurrectionnelles dans différents points du monde et cette simultanéité crée un climat insurrectionnel. D’autant plus que chaque insurrection fait référence aux autres et que dans chacune, les contestataires cultivent les similitudes et les symboles communs. Par exemple, lorsqu'on regarde les graffitis sur les murs, on voit clairement que les révoltes font référence les unes aux autres. J'ai vu une photo d'un graffiti à Malmö, en Suède – qui n'est pourtant pas un lieu de contestation – faire référence en caractères latins et arabes à ce qu'il se passe au Chili, au Liban, en Irak ou à Hong Kong.

On est dans ce qu'on appelle la "citation révolutionnaire", qui est du registre de la solidarité internationale, où on fait référence aux autres pays en lutte. Apprendre à Beyrouth que le peuple se soulève au Chili, puis au Chili qu'il se lève en Equateur rend aussi la contestation légitime. Et on se dit qu'elle est possible puisque d'autres le font.

Chaque nouvelle insurrection suscite des marques de solidarité avec les autres insurrections.

Autre similitude : quand on regarde les images de ces révoltes, les insurgés portent les mêmes vêtements et masques pour se protéger des forces de l'ordre et de la reconnaissance faciale, ils lancent des objets, il y a souvent du feu… Si on ne connaît pas bien chaque révolte, si l'image est peu identifiable, on peut avoir du mal à faire la différence, d'autant plus que les médias choisissent le même type de photos "iconiques" pour symboliser les révoltes.

   A propos des symboles communs, des masques du Joker ont été repérés dans plusieurs manifestations. 

Ce n'est pas étonnant. Ce personnage est associé à la révolte, tout comme le masque de Guy Fawkes. Et puisque ces révoltes sont portées par la classe populaire et moyenne, les manifestants vont utiliser les codes de la culture qui est la leur : la culture populaire, avec des personnages qui sont connus du continent sud-américain au Moyen-Orient. 

Une manifestante au Liban, avec un maquillage du Joker, le 19 octobre 2019. (PATRICK BAZ / AFP)

On a moins affaire à des mouvements organisés de façon classique comme le mouvement ouvrier par exemple, donc les symboles traditionnels de la révolution – comme le poing, le drapeau rouge, la faucille et le marteau, ou le drapeau noir dans une culture politique plus anarchiste – sont moins mobilisés. Les images circulent sur les réseaux sociaux, on voit un symbole qui marche à un endroit et on le reprend par mimétisme. Il est ensuite relayé dans les médias et se retrouve à plusieurs endroits du globe. Par ailleurs, internet accélère aussi la diffusion de ces symboles. Il existe un "internationalisme du numérique".

   Cette accumulation de soulèvements simultanés est-elle inédite ?

Non, ce n'est pas inédit qu'il y ait des mouvements d’embrasement dans plusieurs espaces, c'est même très classique. Sauf que cette fois, ils se produisent dans un temps très ramassé, notamment grâce aux réseaux sociaux.

De 1770 à 1790 par exemple, on a eu la révolution américaine, la révolution batave [actuels Pays-Bas], la révolution en Irlande, la révolte haïtienne dans les Caraïbes… A partir de 1810, les colonies d'Amérique latine conquièrent leur indépendance en l'espace d'une quinzaine d'années. Et puis autour des années 1820 et 1848, on a une série de révolutions dans l'Europe méridionale, au Portugal, en Espagne, à Naples… Toutes visent à renverser des monarques autocrates pour les remplacer par des monarchies constitutionnelles. La Grèce rentre en insurrection pour arracher son indépendance à l’Empire ottoman en 1821, il y a la révolution de juillet 1830 en France contre la monarchie… En 1848, le Printemps des peuples est un soulèvement quasi généralisé en Europe.

En 1917, la révolution d'Octobre aboutit à la création de l'Internationale communiste, qui doit propager la révolution dans les autres pays. Quand l'Allemagne ou la Hongrie tentent leur révolution en 1918-1919, elles font référence aux bolcheviques…

Sans oublier 1968, qui est un mouvement mondial : les révoltes explosent au Japon, au Mexique et sur tout le continent européen. En 1989, les pays du bloc soviétique d'Europe de l'Est s'effondrent, à l'instar de la Tchécoslovaquie pendant la "révolution de Velours". En 2011, c'est au tour de la Tunisie, de l'Egypte et de la Libye de connaître leur Printemps arabe. 

   Comment expliquer le basculement vers l'insurrection ?

Il ne faut pas s'arrêter au détail du déclenchement ou de l'étincelle. A première vue, les raisons de la colère dans certains pays peuvent paraître dérisoires, mais il faut voir cela comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase. L'historien britannique Edward P. Thompson a étudié cette étincelle et l'a expliquée avec son concept d'"économie morale de la foule"La population est prête à accepter un certain nombre de sacrifices, financiers, économiques, sociaux... Mais arrive un moment où le sacrifice supplémentaire est perçu comme inacceptable, illégitime et injuste. C'est à ce moment que se fait la rupture et la bascule. On refuse ce nouveau sacrifice, mais aussi tout ce qui a été accepté jusqu'ici : les politiques néolibérales et leurs effets austéritaires, les écarts de fortune qui se creusent. La goutte d'eau de trop provoque le rejet du vase entier.

   Il semble que l'un des points communs de ces mouvements soit la dénonciation des inégalités économiques…

Certains économistes ont montré que les politiques d'austérité choisies par certains Etats après la crise financière de 2007 pèsent encore très lourdement sur les classes populaires et les classes moyennes. Les ultrariches ne cessent de s'enrichir depuis une décennie tandis que beaucoup d'autres connaissent des processus de paupérisation. Et quand l'élite de la classe moyenne s'allie aux classes populaires, on assiste à des situations explosives. Quand il n'y a que les classes populaires, c’est plus facile à modérer, mais là, il y a une alliance. On l'a vu chez les "gilets jaunes", où la dimension interclassiste a été démontrée par des études. 

   Ces mouvements pointent-ils une crise de la démocratie et de la représentation ?

Il y a une véritable demande de démocratie dans ces révoltes. On assiste, à Hong Kong, en France ou encore au Liban, à l'expression de la souveraineté populaire, qui est à la base de la démocratie. Les contestataires usent de moyens d'action qui ne sont pour l'instant pas considérés comme démocratiques, puisqu'ils utilisent la violence, mais le fond de leurs demandes est profondément démocratique : ils veulent mettre fin aux politiques qu'on leur impose.

Ils rejettent le fait d'être gouvernés toujours par les mêmes familles ou par des personnes issues des mêmes classes sociales, que ce soit les mêmes qui monopolisent le pouvoir.

A Santiago (Chili), j'ai vu un graffiti qui faisait le rapprochement entre le président Sebastian Piñera et Augusto Pinochet [dictateur entre 1973 et 1990].  Ces insurrections montrent que la démocratie n'est pas à l’abri de la révolution. Elles questionnent la nature même de la démocratie et de son application.

   La violence a-t-elle augmenté au cours de l'histoire ?

En France, on n'est pas au niveau de la violence politique du XIXe siècle, encore heureux ! Les révolutions du XIXe siècle que j'étudie laissent sur le pavé des centaines de morts et se concluent par des jugements massifs qui débouchent sur un grand nombre de peines de mort et de déportations. Le niveau de répression au XIXe siècle est évidemment bien supérieur.(…)

Les femmes sont-elles plus présentes dans ces mouvements ?

   Même si toutes ces révoltes n'aboutissent pas à une victoire des contestataires, que changent-elles dans l'histoire ?  (francetvinfo.fr)

Ci-dessus  -    DIVERS -  LINKY, l’escroquerie d’Etat et autres protestations

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