LES JEUNES ADULTES

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  ()  -  04/01/20  -  « Parents connectés. bébés éteints.  Si on évoque souvent le danger de la surexposition des enfants aux écrans numériques, on soulève moins le  problème de l'hyper connexion des parents, qui peut nuire aux développements des tout-petits, alertent les deux psychologues. La surexposition des jeunes enfants aux écrans numériques est considérée par les pédiatres comme un problème de santé publique. Le chercheur au CNRS Michel Desmurget dénonçait dans Le Monde du 23 octobre 2019 le risque de « crétinisation digitale». Mais qu'en est-il des enfants qui subissent l'hyper connexion de leurs parents ?

   Le bébé vient de voir affichée, sur le mur de la station de métro, une publicité montrant un sympathique labrador. Le petit cherche à communiquer son enthousiasme à sa mère par un gazouillis animé : il se redresse sur la poussette et lâche sa tétine. Il n'a pas encore l'âge de parler mais s'exprime avec les moyens du bord. La jeune femme lui fait face, le visage incliné vers son portable, qu'elle manipule de ses

pouces agiles. Elle répond au bambin joyeux d'un sourire mécanique et replonge dans son écran. Alors le nourrisson s'éteint: son sourire s'affaisse, et l'étincelle de ses yeux s'évanouit, il s'enfonce dans son siège et tête à nouveau.

Cette scène observée réellement pourrait avoir un autre scénario. « Oh un chien! », aurait dit la maman. « Et comment il fait le chien?» « Waou ! Waou ! », auraient-ils aboyé tous·deux en riant. « Et le chat, il fait

comment le chat?» ... Ils auraient eu .quelques instants de plaisir partagé, de langage, d'intelligence éveillée. Un bébé déçu de ne pas obtenir ce qu'il souhaite, est-ce si grave? Lorsque ces occasions

ratées se répètent trop souvent, des dizaines de fois par jour, elles se transforment en pertes.

   Ces pertes évoquent ce que le psychanalyste André Green a conceptualisé sous le titre du « complexe de la mère morte » (nous dirions aujourd'hui le « complexe du parent mort»). Il a décrit par là les effets

délétères de l'absence psychique du parent, quand, absorbé par sa propre dépression, ii devient indisponible à son enfant. Il a montré les tentatives déçues de l'enfant qui tente en vain d'animer l'adulte

et finit par renoncer en adoptant une position de repli et d'extinction des forces vives de sa personnalité.

   Nous le savons, le début de la vie a un impact crucial sur le développement de l'enfant et son bien-être psychique à venir. Le plaisir partagé avec les parents participe à la vitalité psychoaffective du tout-petit et a la dynamique de sa pensée. Lorsqu'il communique avec son parent, lorsque le plaisir de l'échange est sincère et réciproque, le tout-petit jubile. Il se sent le pouvoir de toucher l'autre, et en sort renforcé. L'énergiequi circule dans les échanges bébés-adultes constitue comme un carburant pulsionnel qui irrigue tous les investissements de l'enfant, favorise ses aptitudes créatives, enrichit ses capacités relationnelles, construit son langage et accroît ses compétences intellectuelles.
   Or un vrai danger, rarement évoqué, guette les très jeunes enfants. Celui d'une altération de la relation à leurs parents induite par l'omniprésence des outils numériques entre les mains des adultes. Ils promènent leur enfant, les écouteurs vissés aux oreilles, elles allaitent tout en envoyant des textos, ils les alimentent en partageant une retransmission miniaturisée d'un match de foot... La génération Y, celle des digital natives, est en âge de procréer, ce sont les parents d'aujourd'hui.

Ce petit objet si précieux.

Bien sûr, les jeunes parents découvrent la parentalité avec toute la joie et l'envie de bien faire des générations précédentes. L'arrivée dans les foyers de la télévision et des ordinateurs n'est pas récente. Mais aujourd'hui, la miniaturisation des outils, l'hyper connexion en dehors de l'espace privé et les contenus infinis du Net ont créé une véritable dépendance. Toujours à portée de main, le smartphone est la prothèse indispensable des parents.            L’attachement compulsif au portable agit comme un écran venant opacifier la rencontre avec l'enfant. Lorsque les premiers sourires illuminent le visage de l'enfant ou le jour des premiers pas, le réflexe est immédiat; les parents sortent leur mobile et filment avec empressement.

Rapidement les bébés ont compris que ce petit objet si précieux était destiné à capter leur image et ils arborent un sourire figé, typique du bébé instagrammable.

   Comment se constitue le sujet en devenir alors que l'appareil photo remplace le regard bienveillant du parent? « Le bébé se voit dans le visage de sa mère», soulignait, en 1967, le pédiatre et psychanalyste britannique D. W. Winnicott. Quand l'adulte disparaît régulièrement derrière son téléphone, il se détourne du tout-petit, qui ressent une multiplicité de lâchages. Cette insécurité fragilise le bébé confronté à des

parents en pointillé.
   Pour s'accorder au mieux à son bébé, le parent doit supporter une certaine  déstabilisation interne, que Winnicott a appelée « préoccupation maternelle primaire». La rencontre avec un bébé est une aventure complexe et parfois semée d'embûches. Face à l'accaparement de leur progéniture, les parents d'aujourd'hui n'ont-ils pas tendance à s'accrocher à leur smartphone comme à une bouée de sauvetage?

   Véritable doudou numérique, objet transitionnel dévoyé, le portable s'interpose sournoisement au sein de la relation parent-enfant. Le parent hyperconnecté à son ·portable risque de devenir un parent déconnecté de son enfant.

Le bébé est un être profondément sociable, qui se construit dans l'échange avec son environnement. Prenons garde à ne pas appauvrir l'appétence de contact du tout-petit. Elle est une force de propulsion de sa croissance psychique, précieuse, vitale. »  Marllyn Corcos est psychologue-psychanalyste -  Brigitte Bergmann est psychologue-psychanalyste. (https://www.lemonde.fr/, Le journal, Idées, p26)

 

17/12/19  -  Réseaux sociaux, sites de rencontres. Une fréquentation en plein essor Un utile tour d’horizon.

Selon une enquête récente, un quart des 18.-69 ans se sont déjà connectés sur un site ou une application mobile de rencontres. Un phénomène qui modifie le rapport à la sexualité, mais pas la tendance à l'homogamie. • Les sites de rencontre permettent une privatisation de la rencontre, hors de son milieu et du regard des autres, et donc avec moins de jugement de valeur vis-à-vis d'une sexualité plus libre. Alors que les jeux de séduction lors d'une rencontre classique font intervenir la feinte et l'exagération, les sites abrègent cette période de séduction, en modifient les contours. Il est possible d'aborder l'un ou l'autre sexe à distance de façon

anonyme et de jouer la séduction sans s'exposer entièrement.

   Un quart de personnes connectées

Une enquête téléphonique réalisée par l'IFOP fin 2017 et début 2018 à la demande du comparateur de sites de rencontres LACSE montre  une fréquentation en hausse. Sur l'ensemble des personnes interrogées, âgés de à 69 ans, 26 % ont rapportés' être déjà connectés à un site ou une apphcation mobile de rencontres, un chiffre en forte augmentation par rapport à 2006 (11 %) et 2011 (16 %). Pour les hommes, ces chiffres étaient respectivement de 33 %, 13 % et 18 %, et pour les femmes de 21 %, 9,4 % et 14 %. Globalement, la fréquentation de ces sites relève de trois types de motivation: la recherche d'un rapport sexuel, le souhait d'une rencontre s'inscrivant dans la durée et enfin dans le cadre d'une relation en convalescence.

Parmi les utilisateurs, 83 % ont échangé virtuellement ou en face-à face (57 %). Et près de la moitié a déclaré avoir eu une relation  affective ou sexuelle.

Après une rencontre via internet, 72 % des hommes et 47 % des femmes ont indiqué avoir déjà eu une relation sexuelle sans lendemain; 65 % des hommes et 39 % des femmes up. rapport sexuel sans chercher à revoir la personne enfin 33 % des hommes et 15 % des femmes ont rapporté avoir eu une relation sexuelle pour faire plaisir, sans véritable envie. Plus de quatre hommes sur l0 et 28 % des femmes ont

déclaré avoir cherché un partenaire via un site alors qu'ils avaient déjà un partenaire en dehors d'une relation de couple, et respectivement 41 % et 22 % alors qu'ils étaient déjà en couple. ' Enfin,80% des hommes et la moitié des femmes ont rapporté avoir eu une relation sexuelle dès le premier rendez-vous.

   Tous égaux?

Des études menées sur certains sites ont en effet montré que 78 % des femmes jugées les plus attractives sont en compétition pour les 20 % des hommes les plus désirables et que les 80 % des hommes les plus mal placés en termes d'attractivité sont en compétition pour les 20 % des femmes les plus mal placées.

Les jeunes de moins de 25 ans constituent un groupe particulièrement discriminé: sur les sites généralistes, seuls U % de leurs messages reçoivent une réponse contre 30 % pour les 50-59 ans. Autre groupe discriminé: celui des femmes de plus de 50 ans, les hommes de leur âge fraîchement séparés se tournant plutôt vers des partenaires potentielles plus jeunes.

Mais les sites de rencontres n'ont pas modifié la tendance à l'homogamie: on reste dans le même groupe social. Un phénomène d'ailleurs pris en compte par les sites qui se spécialisent.
   Des pratiques en pleine évolution

Si l'âge médian du premier rapport sexuel est toujours de 17 ans, les premiers rapports avant l'âge de 16 ans sont moins fréquemment rapportés chez les personnes ayant des qualifications académiques.

Les hommes sont toujours plus nombreux que les femmes à déclarer avoir eu plus de 10 partenaires sexuels. Mais chez les femmes, le fait d'avoir eu plus de 10 partenaires est rapporté deux fois plus souvent chez les 16-24 ans que chez celles âgées de 65 à 74 ans, malgré une vie sexuelle plus courte. Le recours à l'auto-érotisme déclaré a été multiplié par 4 en 50 ans, et concernait les trois quarts des femmes en 2019. Une femme sur deux indique avoir déjà été sur un site pornographique, dix fois plus qu'en 2006(4%).

Chez les moins de 25 ans, un tiers a déjà reçu des photos d'autrui nu (sexting) et un quart en a déjà envoyé. Ainsi, les pratiques sexuelles se diversifient, la pornographie fait partie du paysage pour les plus jeunes et l'invasion des smartphones a décuplé la disponibilité du visuel. (https://www.lequotidiendumedecin.fr/  -  Le journal, p13)

 

 

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