(Suite de cette page
Observons aussi (6/151) que c’est moins de leur imitation de notre modèle social dont nous avons besoin aujourd’hui que de notre propre imitation de leur capacité de mouvement, d’initiatives, de solidarité.
Des ex : Si les jeunes maghrébins sont mobiles (6/119-121) et partent en Espagne chercher du travail sans embauche préalable, les jeunes Français partent peu et seulement après embauche.
Chez les
Gitans l’accompagnement des malades est très mobilisateur (7/33-69). Ils n’hésitent pas à se déplacer  loin et nombreux. Je l’ai constaté moi-même. Nous nous contentons souvent de téléphoner...
On constate aussi chez le
Gitan Catalan ou Andalou un puissant mouvement d’autonomisation (7/75) des femmes, alors qu’on croyait le foyer familial bétonné. Par ex en 1972, tous les hommes et les femmes qui divorçaient retournaient selon la coutume dans leur famille parentale. En 1993, 96% des hommes faisaient de même, mais seulement 17% des femmes. Les autres s’installaient avec leurs enfants en dehors du territoire communautaire gitan.
De même pour les jeunes Maghrébines : tenues à la maison elles y ont appris beaucoup en aidant leurs parents souvent illettrés à faire papiers et démarches administratives. L’assurance acquise leur permet plus qu’aux garçons de partir rejoindre des familles éloignées et d’échapper au mariage forcé.(
6/121)
Le Gitan, véritable Étranger de l’intérieur, plus étranger que les migrants qui arrivent, dérange dans une société figée sur son territoire. Il n’est pas le marginal que nous croyons et nous avons tort de le mépriser, de lui faire vivre une véritable ségrégation sociale qui débouche immanquablement sur de la discrimination. Pourtant, il est plus ancien depuis des décennies dans le Roussillon que beaucoup de nouveaux arrivants. Il est d’ici lui aussi.

Voyons plus loin : Le monde change. Nos lois de sédentaires, nos critères de légitimité attachés aux longues présences sur nos sols, identifiés aux cultures, s’effondreront peut-être bientôt sous les nécessités des cosmopolitismes et la multiplication des circulations. L’insertion proposée aux arrivants ne correspond plus aux réalités. L’Étranger, à cheval sur des mondes, des milieux différents, n’est plus notre marginal coincé entre 2 pays ou 2 cultures. Il peut être « d’ici » et « de là-bas » sans déranger l’un et l’autre milieu. Il est capable de mobilité et de multiples stratégies culturelles et sociales, mais à distance des dispositifs actuels de l’État. Ce qui provoque incompréhension et xénophobie, de + en + présente dans notre pays.
Il est urgent de rappeler que les droits humains ne sont pas négociables, qu’ils s’appliquent à tous les êtres humains, et que la dignité des réfugiés, c’est notre dignité (
12).
Qui sommes-nous donc pour mettre des familles à la rue comme à Créteil, Évry, Lille et Lyon, récemment ? Je ne défends pas les bidonvilles ! Quel genre d’hommes sommes-nous pour mettre dehors des femmes et des enfants, sans toit alors que notre propre loi nous impose de les mettre à l’abri ? Ces frères n’ont donc plus de visage humain pour nous ? Consentir aux expulsions sommaires quotidiennes et à la violence d’État, c’est ne plus reconnaître qu’ils sont humains comme nous. Comment accepter de renvoyer dans leur pays des gens qui y trouveront maltraitance et mort presque certaine ?
Il faut que l’Étranger n’ait pas de visage, ou que son visage nous soit présenté comme un symbole du mal, un ennemi, au point que nous soyons devenu insensibles, face à lui, insensibles au point de ne plus le voir, de l’effacer de la communauté humaine. Pourquoi ? Par peur de lui, de sa vie. On le déshumanise déjà en le reléguant comme Étranger, et en lui refusant certaines modalités majeures de l’humanisation, comme l’accès à un travail légal, l’accès à des papiers, l’accès à un logement, l’accès à une nationalité, à une citoyenneté politique. On le déshumanise aussi par peur du mélange ; par peur que sa sensibilité empiète sur la nôtre, par peur d’être ébranlé par lui, transformé par l’Autre qu’il est, ou absorbé par lui ? Certes, notre avenir passera sans doute par la cohabitation et le métissage, comme nous enseigne l’histoire. Aux États-Unis, nation d’immigrants, en 2042, on prévoit que les minorités (1/3 de la population) noires, latinos et asiatiques seront majoritaires. Ainsi va le monde !

Je terminerai par une sorte de réflexion personnelle. En fait, il y a 2 altérités,  2 Étrangers : celui que je crée négativement en le désignant « C’est l’Étranger » dit-on, et celui de l’Étranger qui est en moi, et qui pourrait me permettre d’être ouvert aux Étrangers de l’extérieur. L’altérité est aussi en nous. L’Étranger, les étrangers qui sont en moi (Socrate nous invitait à les découvrir : « Connais-toi toi-même ») je dois les connaître et les accepter. Nous sommes plusieurs en nous, multiples et disparates, à l’origine d’identités diverses et possibles, lesquelles, à l’occasion, vont exprimer un des aspects de notre personnalité dans l’art par ex. Une peinture peut n’exprimer qu’une partie de nous. Accepter la multiplicité de notre vie psychique, c’est un petit pas vers un grand contact peut-être avec les Étrangers extérieurs.
Vivre la fraternité entre nous et avec tous ceux qui partagent notre vie de près ou de loin : on est loin du compte. Aujourd’hui, on peut dire la même chose à propos de l’immigré aussi. C’est un frère malheureux, souvent dans la détresse qui me demande de le secourir et de le défendre.
Il est difficile d’énumérer ici tout ce qu’il serait possible de faire
. Vous avez compris, que l’Étranger dont je parle c’est aussi l’Autre, notre voisin, notre compagnon. Nous ne sommes pas un bloc monolithique en face de lui, mais une multitude de possibilités d’échanges. A nous de les tenter. C’est aussi vrai pour le migrant et l’Étranger qui ont aussi une multitude de possibilités de comprendre, de s’adapter. Il y a peut-être un aspect qui nous rebute, mais il y en a d’autres à découvrir et à utiliser pour créer l’échange et la vie. » 
C.D. 
Ouvrages consultés : (La référence dans le texte comprend le N° de l’ouvrage cité ci-dessous / et le N° de la page)
N° 1  -  Le grand atlas historique de Georges DUBY (Larousse 1999)  -  2  -  L’atlas de l’histoire de France (Ouest-France 2012)
3  - 
L’Atlas des migrations (La Monde  -  Hors Série 2008-2009) N° M 08954
4  - 
Abrégé d’histoires des terres catalanes du Nord d’Alicia MARCET I JUNCOSA (Trabucaires 2009)
5  - 
Atlas géopolitique et culturel (Petit Robert des noms propres 2004)
6  - 
Migrations d’hier et d’aujourd’hui en Roussillon de Raymond SALA et Alain TARRIUS (Trabucaires 2000)
7  - 
Gitans et santé, de Barcelone à Turin de Lamia MISSAOUI (Trabucaires 1999)  -  8  -  L’immigration de Violette DAGUERRE (La Cygne 2010)
9  - 
Dedans, dehors, la condition de l’étranger de Guillaume LE BLANC (Le Seuil 2010)
10  - 
Hommes et Migrations (Cité nationale de l’histoire de l’immigration  -  Mi-juin 2012) N° 1297
11  - 
Harkis : Les camps de la honte de Marguerite AROLES (Vidéo)  -  12  -  Amnesty International France  -  Geneviève GARRIGOS,
13 Musée de Tautavel de Jacques PERNAUD (Centre Européen de Préhistoire 2006) www.tautavel.com
14  - 
La controverse de Valladolid de Jean-Claude CARRIERE (Pocket 1992) N° 4689
----- 
Si vous êtes intéressés :  Cf 3  -  RESSOURCES Migrations : Bibliographie p 184-185
La question de l’emploi et du séjour des Roms en France de Migration Conseil du 26/08  -  Médecins du Monde
-  Commission sur le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d’immigration-  Le Rapport Mazeaud (07/2008) retoquait, avec des arguments imparables, toute idée de quotas migratoires, les jugeant irréalisables, sans intérêt et même anticonstitutionnels
-  Petit guide pour lutter contre les préjugés sur les migrants (Edition 2011)| Petit guide pour comprendre les migrations internationales (2009)  La Cimade
+   Cours : Conditions sociales, politiques et historiques du «choc culturel». Des pistes pour aller à la rencontre de l'«autre».
Fin de siècle incertaine à Perpignan  d’Alain TARRIUS ( Ed. Trabucaires 1999)
Liberté de circulation : un droit, quelles politiques  -  Avec le GISTI, changer le regard sur l’immigration (janvier 2011, 164 pages, 10 €)
+   Histoire et mémoires des immigrations en Languedoc-Roussillon  (Synthèse historique – volet « mémoire » (tome 1) Rapport final - avril 2008
-  Évacuation de camps de ROMS :
Créteil, Évry, Lille et Lyon  -  +  Villeneuve-le-Roi,
Roms et Tsiganes, par Jean-Pierre Liégeois (coll. Repères, éd. La Découverte, 2009, 125 p., 9,50 euros.)
-  Ex. de vindicte
publique. Peur publique : Ne souriez pas trop !!!  -  -  L’esclavage en Islam : Le texte du contexte                  
-  Fernand Raynaud : Le pain des
Français
* 100 témoins 100 écoles : 2011/2012... toujours dans le cadre des témoignages de migrants devant les lycéens et collégiens, nous cherchons de nouveaux volontaires qui souhaitent venir narrer leurs parcours de vie devant les jeunes scolarisés. http://www.parolesdhommesetdefemmes.fr/
Fréderic PRAUD  - 
frederic.praud@wanadoo.fr  -  ·  parolesdhommesetdefemmes@orange.fr  -   06.32.53.16.06
+  : 
Cours : Enjeux sociopolitiques et humains de la migration
21/09  -  Non, l’immigration n’aura pas la peau de l’Etat Providence
(https://www.franceculture.fr/societe/non-limmigration-naura-pas-la-peau-de-letat-providence#xtor=EPR-2-[LaLettre21092018])
 (DEBUTSelon le chercheur, le mantra véhiculé par Stephen Smith a été régulièrement invalidé, sans que cela ne lui fasse perdre de sa vitalité ou de l’écho dans les médias. Il y a cinq ans, en 2013, l’OCDE (L'Organisation de coopération et de développement économiques) publiait son étude rituelle Perspectives des migrations internationales. François Héran mentionne en annexe de son article le troisième chapitre de cette somme (69 pages au total), qui s’intitule tout spécialement “L’impact fiscal de l’immigration dans les pays de l’OCDE”.
   Voici ce que l’on peut y lire, sans guère d'ambiguïté : une politique qui consisterait à fermer les frontières pour ralentir les migrations aurait pour effet principal de restreindre d’abord les migrations de travail, c’est-à-dire l’afflux d’étrangers qui quittent leur pays pour travailler. Or, poursuit l’OCDE, ce sont précisément ces étrangers-là qui représentent un apport économique pour les pays destinataires, parce que ces migrants ou demandeurs d’asile sont de futurs producteurs et consommateurs, mais aussi, tout simplement, de futurs contribuables dès lors qu’ils sont actifs. L’OCDE souligne ainsi cette erreur d’approche qui fait aujourd’hui partie de la vulgate des commentaires sur l’immigration :
Les pays qui ont connu dans le passé une abondante immigration de travail et ensuite strictement restreint les entrées – par exemple l’Allemagne et la France – ont tendance à conclure à un impact négatif de l’immigration, car il est mesuré après que la plupart des travailleurs ont pris leur retraite ; les pensions qu’ils reçoivent font donc plus que compenser les cotisations des cohortes moins nombreuses d’immigrés actuellement en activité. En revanche, les pays qui ont reçu récemment une importante immigration de travail perçoivent généralement un effet positif, parce qu’il est mesuré peu après ces vagues d’immigration. Ces situations contrastées font apparaître ce qui influe sur l’impact fiscal et indiquent les mesures de nature à développer les aspects favorables.
   Question lancinante et réponse limpide : Dans sa réponse à Stephen Smith, François Héran s’appuie aussi sur d’autres travaux, plus récents, et que l’on doit cette fois à Hippolyte d’Albis, Ekrame Boubtane, Dramane Coulibaly. Tous trois sont économistes, rattachés à Paris School of Economics ou à l'université de Nanterre. En juin 2018, ils répondaient de façon limpide à cette question qui colonise largement le débat public : “L’arrivée de demandeurs d’asile entraîne-t-elle une dégradation des performances économiques et des finances publiques des pays européens qui les accueillent ?” 
   Travaillant à partir de données accessibles dans quinze pays d’Europe de l’Ouest (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Islande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni et Suède), à l’échelle de trente ans, les trois économistes répondaient que “au contraire, l’impact économique tend à être positif lorsqu’une partie d’entre eux deviennent résidents permanents”.
Leur étude est sortie le 20 juin 2018 dans la revue Science advances sous le titre “Macroeconomic evidence suggests that asylum seekers are not a “burden” for Western European countries” - ou, en français dans le texte : “Les preuves macroéconomiques qui indiquent que les demandeurs d’asile ne sont pas un fardeau pour les pays d’Europe occidentale”.
   A l’occasion de la parution de cet article, avant l’été 2018,
un communiqué de presse résumait leur conclusion ainsi : Une augmentation de flux de migrants permanents (c’est-à-dire hors demandeurs d’asile) à une date donnée produit des effets positifs jusqu’à quatre ans après cette date : le PIB par habitant augmente, le taux de chômage diminue et les dépenses publiques supplémentaires sont plus que compensées par l’augmentation des recettes fiscales. Dans le cas des demandeurs d’asile, aucun effet négatif n’est observé et l’effet devient positif au bout de trois à cinq ans, lorsqu’une partie des demandeurs obtient l’asile et rejoint la catégorie des migrants permanents. Selon ces résultats, il est peu probable que la crise migratoire en cours soit une charge pour les économies européennes : au contraire, elle pourrait être une opportunité économique.
   Alors que Stephen Smith est très écouté
de la sphère politique mais aussi intellectuelle et qu’il a l’oreille de l’Elysée puisque Emmanuel Macron le cite régulièrement, François Héran conclue son article-réplique ainsi : La démographie ressemble à la musique : elle attire beaucoup d’amateurs mais bien peu savent lire une partition. Dans le cas présent, il y a maldonne sur la nature même du jeu : il relève de la spéculation économique et d’une communication à sensation, et non pas d’une démonstration de nature démographique. Face à la crainte de l’envahissement sous le nombre, qui est une variante faussement objective de la peur de l’autre, le démographe a le devoir d’éclairer ses concitoyens sur les ordres de grandeur des mouvements de population. Il doit aussi identifier la nature exacte des hypothèses mises en œuvre et des préjugés qui les sous-tendent. À rebours d’une idée très répandue, son objectif n’est pas de rassurer ou d’alarmer mais de prendre la mesure des choses en les ramenant à leurs justes proportions, seul moyen d’éclairer dûment une politique lucide à long terme. S’il faut craindre une "ruée", ce n’est pas celle des étrangers venus du Sud pour transformer l’Europe en "Eurafrique" mais celle qui consiste à se jeter sur la première explication venue ou à s’emparer précipitamment de métaphores outrancières pour frapper l’opinion à bon compte. Reste à espérer que les responsables politiques, désormais mieux armés, sauront à l’avenir éviter de tels pièges et cesseront d’agiter le spectre du péril noir.
À découvrir : Introduction à l’étude des migrations (6/6) : Les ordres de grandeur des migrations : réalités et perceptions (fin)" Introduction à l’étude des migrations (5/6) : Les ordres de grandeur des migrations : réalités et perceptions - Partie I Introduction à l’étude des migrations (4/6) : Les migrations à l'échelle mondiale : logiques ordinaires et logiques de crise » (partie 2) Introduction à l’étude des migrations (3/6) : Les migrations à l'échelle mondiale : logiques ordinaires et logiques de crise

Report a problem on the page N°.  Thanks.  -  Signalez un problème sur cette page N°.  Merci.

   ( IMMIGRATION               -  2/2  -   LES  MIGRATIONS    Essai         (-1/2-)                      

DROCOURT NATURE vous parle un peu du Ciel,
de la Planète, des Hommes ET DES ANIMAUX

Ci-dessus,   LES MIGRATIONS,     2

 LES PAGES DU SITE  :  Lien vers chaque page + Date de la dernière info