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LES  CHIBANIS

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« On les appelle les chibanis. Ces petits vieux littéralement cheveux blancs en arabe dialectal) représentent environ 235 000 personnes, majoritairement des hommes âgés de plus de 65 ans. Ils ont quitté l’Algérie, le Maroc et la Tunisie alors qu’ils étaient de jeunes adultes, voire adolescents pour certains, dans l’espoir de construire un avenir meilleur en France. Arrivés durant les Trente Glorieuses pour reconstruire un pays meurtri par la Seconde Guerre mondiale, ils ont passé toute leur vie à travailler. "sans-voix" n’ont pas retrouvé leur terre natale.

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Aujourd’hui à la retraite, ces "invisibles", ces "sans-voix" n’ont pas retrouvé leur terre natale. Un choix pour certains, une obligation pour d’autres.
L'arrivée en France est un choc. Parfois à peine majeurs, ces jeunes travailleurs découvrent un autre pays, une autre culture, mais aussi une autre langue. Surtout, ils se retrouvent seuls, "sans parents", "sans famille". Très vite, la raison de leur exil les rattrape : le travail. Il faut "envoyer de l'argent" à ceux qui sont restés au pays. À l'époque, "les patrons viennent embaucher dans les cafés", on pouvait "changer de patron deux à trois fois par jour". Bâtiment, travaux publics, industrie, agriculture… Ces jeunes hommes, en pleine force de l’âge, ne rechignent pas à la tâche, qu’ils soient déclarés ou non. Travail physique, parfois au noir, accidents... leur vie professionnelle n’est pas de tout repos.

Dans les années 1950, les besoins de main-d’œuvre sont énormes. Pour l’État français, se pose très vite la question de l’hébergement de ces travailleurs immigrés, dont le séjour se veut provisoire. De nombreux bidonvilles voient le jour en périphérie des grandes agglomérations, comme celui de Nanterre en 1953. Entre 1950 et 1970, les foyers de travailleurs migrants sont construits notamment par le biais de la Société nationale de construction de logements pour les travailleurs (Sonacotral ), un organisme aujourd’hui appelé Adoma. Des associations, comme l’Association Rhône-Alpes pour le logement et l’insertion (Aralis) dans la région lyonnaise, voient alors le jour pour offrir un hébergement décent aux immigrés.
Il s’agit le plus souvent de dortoirs ou de minuscules chambres individuelles, avec des espaces communs comme la cuisine et les sanitaires. Mais ce qui devait être un logement temporaire est devenu "leur chez-soi". Certains ont passé toute leur vie dans la même chambre. Des lieux de vie devenus aujourd’hui inadaptés à leur âge. D’autres ont eu la chance de pouvoir louer des appartements. Parfois dans l’espoir de faire venir leur femme et leurs enfants, restés au pays.
"À l’époque, tout le monde pensait que ces travailleurs allaient finir par tous rentrer chez eux. Il n’y avait donc aucun intérêt à essayer de les intégrer localement, de créer un lien avec ceux qui n’étaient là que de manière temporaire. Dans les anciens foyers, il y avait ainsi un coiffeur, une épicerie, une salle de jeu…

-  Alors que tous les indicateurs étaient là pour confirmer que les travailleurs migrants n’avaient pas vocation à s’installer en France, un lien de dépendance économique avec le pays s’est tissé. Quand vous avez un dispositif qui permet de faire vivre toute une famille, il n’y a pas de raison que ça s’arrête. Même si les conditions de vie étaient difficiles, ça a permis à certains d’avoir une forme d’estime de soi, de se trouver une utilité à la fois pour eux-mêmes mais aussi pour leurs familles. Ils n’ont pas le sentiment de s’être sacrifiés mais d’avoir été utiles. Le foyer est alors devenu leur foyer.
À l’origine, les foyers
Aralis , gérés par des femmes de colonels et de préfets, avaient un fonctionnement militaire : lit au carré, règlements drastiques… Dans les années 1980, les animations socio-culturelles ont fait leur apparition. Le premier club de football a par exemple été créé en 1975.
Aujourd’hui, ils vieillissent ici pour plusieurs raisons. Il y a la santé, les habitudes de vie, etc. Une personne âgée a besoin de ses repères : le café du matin, les copains… Un quart du public que nous accueillons aujourd’hui est vieillissant. Sur les 4 000 résidents que nous avons, environ 1 000 ont plus de 60 ans. Le personnel intervenant dans les foyers a été formé afin de détecter les signes de perte d’autonomie.
Les chambres de 4,50 m² disparaîtront totalement d’ici à la fin 2014. Pour ceux qui veulent rester en France, il y a désormais des logements adaptés. On est passé des chambres collectives, des dortoirs qui pouvaient accueillir jusqu’à 40 personnes lors de la création d’Aralis, à des chambres individuelles mais aussi à des studios. Le prix varie en fonction des ressources et les usagers peuvent percevoir l’APL : une chambre de 4,50 m² coûte de 30 à 180 euros ; une chambre de 10 m² coûte de 60 à 280 euros ; un studio coûte de 98 à 380 euros…"
Les travailleurs immigrés sont arrivés seuls en France. Ces jeunes hommes, persuadés de n’être que de passage en France, ont fondé leur famille au pays, au gré de mariages arrangés. Car dans la plupart des cas, ils connaissaient à peine, voire pas du tout leur future femme. "C’est ma famille qui l’a choisie", nous confie ainsi Amar. "Je l’ai emmenée d’Algérie. Elle était un peu jeune pour moi et j’étais vieux", raconte Rabah. Pendant les premières années, ils ne voyaient leurs épouses que lorsqu’ils rentraient au pays. Certains ont eu la chance de bénéficier du regroupement familial pour faire venir femme et enfants à leurs côtés, d’autres vivent toujours loin des leurs. Une solitude encore plus pesante avec l’âge des travailleurs immigrés sont arrivés seuls en France. Ces jeunes hommes, persuadés de n’être que de passage en France, ont fondé leur famille au pays, au gré de mariages arrangés. Car dans la plupart des cas, ils connaissaient à peine, voire pas du tout leur future femme. "C’est ma famille qui l’a choisie", nous confie ainsi Amar. "Je l’ai emmenée d’Algérie. Elle était un peu jeune pour moi et j’étais vieux", raconte Rabah. Pendant les premières années, ils ne voyaient leurs épouses que lorsqu’ils rentraient au pays. Certains ont eu la chance de bénéficier du regroupement familial pour faire venir femme et enfants à leurs côtés, d’autres vivent toujours loin des leurs. Une solitude encore plus pesante avec l’âge.
-  C
ouler une douce retraite au pays auprès des leurs, les chibanis en ont rêvé. Ils en ont parfois l’envie mais, pour certains, cela reste impossible. Pour
une extrême précarité. Beaucoup de chibanis retraités touchent l’Aspa , l’allocation de solidarité aux personnes âgées. Cette aide, versée en complément à la retraite, leur permet de toucher l’équivalent du minimum vieillesse, soit 787,26 euros mensuels pour une personne vivant seule. Or, le versement de l’Aspa (comme de nombreuses prestations sociales) est soumis à l’obligation d’avoir une résidence "stable et régulière”, c'est-à-dire de résider en France au moins six mois par an (décret du 18 mars 2007). Une clause dont nombre d’entre eux ignoraient totalement l’existence.
À l’issue de contrôles de résidence ou de ressources, des milliers de chibanis se sont vus suspendre le versement de cette aide et réclamer le remboursement de la totalité des sommes perçues. Un drame pour ces migrants âgés, dont la grande majorité ne sait ni lire ni écrire.

-  Longtemps restés invisibles, les chibanis font aujourd’hui l’objet d’une certaine attention des pouvoirs publics. Après six mois d’enquête, un rapport parlementaire contenant 82 propositions en faveur de migrants âgés a été publié en juillet 2013.

S’appuyant sur ce rapport parlementaire, l’exécutif a promis d’apporter une réponse au problème des allers-retours dans le pays d’origine. Une circulaire a également été publiée pour éviter les contrôles au faciès et les descentes de police dans les foyers, des pratiques fréquemment dénoncées par les associations.

-  Créée en 2008, l’association lyonnaise L’Olivier des sages accompagne, dans leur quotidien, les personnes âgées de plus de 55 ans, dont nombre sont des chibanis. Précarité sociale, affective, difficile accès au droit…l’association apporte un véritable soutien à un public oublié. Pour rompre l’isolement, Zorah Ferhat, directrice de l’association, a fondé le premier K-fé social lyonnais en 2009. "On essaye de leur apporter un peu de bonheur, de leur faire découvrir des choses qu’ils n’ont jamais faites : aller au théâtre, au restaurant. On est aussi sur de l’accompagnement social et du suivi administratif. Quand on vient nous voir avec un courrier de créance ou d’indu, nous écrivons aux organismes pour justifier la bonne foi de l’usager et trouver un arrangement. Nous avons réussi à signer un partenariat avec la Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (Carsat), c’est une première. Grâce à cette convention, nous allons travailler sur la prévention, les indus, et apporter de meilleures réponses aux dossiers des usagers".

Aurélia Verbecq,  Psychologue spécialisée en interculturalité
(
http://webdoc.france24.com/chibanis-france-travailleurs-immigration-maghreb/)