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(29/05/20  -  « Pétain, Macron, l'Egalité

   Cet ex-ministre de Hollande, pour qui il fallait à la France des jeunes qui veuillent devenir milliardaires*, a

forcément un problème avec le difficile concept d'égalité. Il vient de le montrer à nouveau, assez comiquement, ce 10 Mai, en honorant celles et ceux qui ont lutté pour l'abolition de l'esclavage. Il met Égalité, comme il se doit, entre Liberté, et Fraternité, mais il l'assortit de deux compléments de sa façon, à la faveur d'une syntaxe particulièrement tortillée : « Leur exemple, toujours, nous inspire, nous oblige. A plus de liberté, ici et dans le monde. A plus d'égalité, indissociable de la liberté, des chances et des droits. A plus de fraternité enfin car. » Je poursuis donc ici, sur l'égalité des chances, une réflexion que notre T.C. a bien voulu accueillir l'année dernière, après que notre inspecteur d'académie nous avait lui aussi servi cette tarte à la crème.

   C'est grave : notre Président déshonore le principe d'égalité en faisant comme si les notions de chances et de droits, en relevaient au même titre. Mais Droits, au pluriel, est une notion purement qualitative : c'est en raison de sa qualité de personne humaine que l'individu en a certains à la naissance (art. 1 de la Déclaration de 1789). L'égalité qui s'y rapporte n'a rien d'une grandeur mesurable, elle consiste à ce que les droits soient les mêmes pour toutes les personnes qui en relèvent (art. 6: la loi est la même pour tous). Et c'est bien pourquoi l'individu peut alléguer ses droits pour se défendre, seul ou dans le sein d'un collectif.

   Tandis que Chances, c'est une notion essentiellement quantitative. Les chances, synonyme parfait de probabilité, c'est, pour une population donnée, et pour une place donnée dans la hiérarchie sociale, le pourcentage de ses membres qui accèdent à cette place. C'est pourquoi la sociologie ne connaît, des chances, que leur inégalité, inséparable de la société de classes. Elle montre qu'elles ne peuvent pas être les mêmes pour tous. L'égalité des droits est un pilier de la démocratie, celle des chances est une chimère démagogique.

   La faveur de cette expression remonte à la Révolution Nationale de Pétain ... où elle était tout à fait à sa place, sur les ruines du Front populaire, comme médicament contre les aspirations à la justice sociale. Qu'elle ait été banalisée par la suite, au point d'être brandie impunément aussi bien par Chirac que par Hollande, ne la dédouane pas de cette origine infâmante. Cela montre seulement ses vertus de poudre aux yeux, compatibles avec le sens commun de nos contemporains, que le couple quantité/qualité n'empêche pas de dormir. » J.P.Kaminker

(* Interview de Macron paru dans Les Echos, 6.1.2005, toujours lisible sur la toile en mai 2020.

** J.P. Kaminker : « Gésier de chevreuil ? », Le Travailleur catalan, 6.4.2019

*** Onzième des seize Principes de la Révolution nationale formulés par Pétain lui-même:« L'Etat demande aux citoyens l'égalité des sacrifices: il leur assure, en retour, l'égalité des chances. ». A rapprocher de l'étrange formulation choisie par Macron quand il est allé rendre hommage aux maquisards tombés sur le Plateau des Glières : L'égalité, la vraie, la nôtre, est bien de mesurer la valeur des hommes à ce qu'ils peuvent sacrifier à une cause qui les dépasse. L'ancrage pétainiste de la pensée de Macron reste à étudier.) Courrier des lecteurs (http://letc.fr/ , Le travailleur Catalan, le journal, n° 3836, p4)

 

22/05/20  -  Eduardo Viveiros de Castro : “Ce qui se passe au Brésil relève d’un génocide” 

Si le Brésil est en passe de devenir l’un des pays les plus gravement touchés par le Covid-19, c’est le produit d’une politique délibérée de son président, Jair Bolsonaro, et de ses partisans qui s’opposent aux mesures de confinement et incitent les orpailleurs à envahir les terres des Indiens d’Amazonie. Voilà la thèse effrayante que soutient le grand anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, penseur du “perspectivisme”. Un entretien à lire sur notre site. (philomag.com)


19/05/20  -  Dr Didier Fassin, professeur au Collège de France

   « Le civisme n'est guère convoqué, sauf de façon rhétorique, et c'est dommage car nos  concitoyens sauraient en faire preuve»
   La crise a aggravé les inégalités de santé, affirme le professeur de l'université de Princeton (USA) et titulaire de la chaire Santé publique au Collège de France. Ce médecin et anthropologue dénonce la police sanitaire qui a suspendu les libertés fondamentales et appliqué une répression plus dure dans les quartiers populaires, alors qu'était négligée la prévention.

   LE'QUOTIDIEN : À votre avis, la pandémie actuelle a-t-elle aggravé les inégalités de santé dans nos sociétés?

   DIDIER FASSIN: Sans aucun doute. On aura peut-être du mal à le voir en France parce qu'on ne présente jamais les données en fonction des catégories socio-économiques ou ethno raciales. On sait seulement que la mortalité est très forte en Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de la France métropolitaine et comptant la plus forte proportion d'étrangers et de minorités. Mais on le voit clairement aux États-Unis, où la population noire, qui correspond aussi aux milieux les plus défavorisés, paie un lourd tribut à l'épidémie avec une mortalité deux à trois fois supérieure à son poids démographique.

   Les inégalités se manifestent dans le fait que les métiers les plus exposés, dans les transports, l'alimentation, le nettoyage, sont exercés par les catégories les plus modestes, souvent d'origine immigrée. Elles s'expriment aussi dans le fait que celles et ceux qui appartiennent à ces catégories présentent plus souvent des facteurs de risque tels que le diabète· ou l'hypertension, ont plus de difficultés à être testées et à recevoir des soins.

   Par ailleurs, il ne faut pas oublier ceux qui vivent des situations d'enfermement forcé, soit dans des  maisons d'arrêt surpeuplées, où l'on est deux ou trois par cellule individuelle, soit dans des centres de rétention administrative, pour ce qui est des étrangers. Leur condition les expose à un risque élevé de contamination.
  
Mais la santé n'est-elle pas tout de même passée devant l'économie?

   La bio légitimité, c'est-à-dire la reconnaissance de la vie comme bien suprême, est le concept qu'on peut placer en miroir du biopouvoir, c'est-à-dire les techniques s'exerçant sur les corps et sur les populations, tel que proposé par Michel Foucault. Quand on voit combien on prend rarement en compte, dans les politiques économiques, les pertes en vies humaines, qu'on les pense en termes de quantité ou de qualité de vie, et combien les logiques de profit prévalent généralement sur les logiques de protection, on ne peut qu’être frappé par le fait qu'on soit soudain prêts à accepter une récession, un effondrement de la production, un endettement massif, une croissance des dépenses publiques, en somme tout ce qui paraissait absolument impossible il y a peu, et cela pour sauver des vies.

   Deux éléments ont certainement contribué à ce renversement: d'abord, le fait que tout le monde semblait pouvoir être affecté et même mourir, ce qui a créé une sorte de peur collective; ensuite, le fait que, faute de prévention, les personnels soignants se soient trouvés en première ligne, débordés, angoissés par une situation à laquelle le système de santé n'était pas préparé. La vie est alors apparue comme une priorité absolue, phénomène dont j'avais déjà montré dans d'autres études combien il tendait à s'imposer mais qui jamais, je crois, n'avait acquis une telle évidence pour tout le monde.

· Il est difficile de savoir ce qu'il en restera une fois la crise passée. Je pense que le dispositif hospitalier y aura gagné en autorité et qu'on devra revenir sur les coupes massives qui l'ont mis dans cette situation difficile. Mais je doute en revanche que les politiques économiques et sociales bénéficient des leçons de la pandémie car on nous dira qu'il faut redresser la situation et que des efforts doivent être consentis ... Quoi qu'il nous en coûte.

   La police au service de la santé publique, est-ce une nécessité?

   Le confinement a été une mesure de police sanitaire au sens le plus strict et aussi, comme c'est toujours le cas pour la police, le plus discrétionnaire. Les agents chargés de faire respecter les normes prescrites par le gouvernement ont pu décider de manière arbitraire que tel achat relevait de la première nécessité ou non, que telle attestation était bien rédigée ou non, et donc décider de qui ils voulaient sanctionner. Mais surtout, on les a fait intervenir dans les quartiers populaires où la répression a été la plus dure, alors qu'ils étaient le plus souvent absents des quartiers résidentiels et, quand ils y étaient présents, s'y montraient bien plus cléments.

   Mais le déconfinement, tel qu'il se dessine, ne privilégie certainement pas le civisme. On multiplie les règlements, souvent incompréhensibles pour ceux mêmes qui sont chargés de les faire appliquer. On annonce un traçage informatique que la France est l'un des rares pays à vouloir centraliser. On prévoit des brigades de cas contact. On va donc passer d'un dispositif de police à un dispositif de surveillance. Et toujours sous état d'urgence. Le civisme n'est guère convoqué, sauf de façon rhétorique, et c'est dommage, parce que nos concitoyens sauraient en faire preuve.

   La lutte contre l'épidémie de sida avait mis en ligne la santé publique et les droits humains; ce paradigme vous paraît-il abrogé par la pandémie? ·

   Le paradigme des droits humains n'est pas abrogé, mais nous sommes en effet dans un autre paradigme de police et de surveillance sanitaires. Il faut dire que dans le cas du sida il existait une forte stigmatisation contre laquelle il était nécessaire de lutter et une importante mobilisation des mouvements gays pour défendre les droits humains. Aujourd'hui, on a une suspension de plusieurs libertés fondamentales, liberté de circuler, de se réunir, de manifester, d'honorer ses morts, tout ceci sous un état d'urgence qui ne permet guère la contestation. On le voit d'ailleurs, le monde politique et même la société dans son ensemble sont encore dans un état de sidération.
   Les anthropologues ont-ils suffisamment eu la parole dans la gestion de la crise?

   Il est vrai qu'on entend peu les sciences sociales dans les médias, mais on les lit beaucoup dans les quotidiens, les magazines, les supports en ligne.

   Et il y a tout de même un sociologue et une anthropologue dans le Conseil scientifique auprès du gouvernement. Le plus remarquable pour moi est plutôt que, dans ce conseil composé de personnalités éminentes, la santé publique soit relativement peu représentée, même si plusieurs des disciplines représentées contribuent à ce domaine. (…) (www.lequotidiendumedecin.fr, le journal, n° 9834, p3)

 

 

 

 

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-  Doc : -  "Les droits de l'homme contre le peuple", de Jean-Louis Harouel, aux éditions Desclée de Brouwer 1/2.  Gnose et millénarisme : ces deux sources auxquelles ont été puisées les idées fondatrices de la religion des Droits de l’homme. (Une tentative de réhabilitation de notre héritage chrétien).

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« Les grands actes fondateurs du droit restent des localisations liées à la terre. Ce sont des prises de terre. »

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