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()  -  15/06/20  -  En 55 ans, « 4 674 Nègres ont été brûlés!», titre le quotidien de 1937. Correspondant du journal« Paris-Soir » aux Etats-Unis, Curt Riess rencontre, en Alabama, un dentiste noir, qui a compilé une documentation édifiante. Le journaliste, <<atterré», rend compte de ces « statistiques d'atrocités ».

Tampa, Hillsborough County: Robert Johnson, . Nègre, condamné pour vol de volaille, fusillé par auteurs inconnus. Hazard, Perry County: Rex Scott, Nègre, accusé d'avoir frappé un· Blanc, arraché à la police, pendu et fusillé. Lambert, Bolivar County: Joe Love et Isaac Thomas, Nègres, accusés d'une tentative de viol, arrachés à la police et pendus. Pelahatchie, Rankin County: Herny Bedord, Nègre, flagellé à mort, pour avoir parlé irrespectueusement à un Blanc. Manchester, Çoffee County: Richard Wilkerson, Nègre, assailli et assommé, pour avoir frappé un Blanc .. Auteurs inconnus.

    « Des exemples comme ça, me dit M Taggert, vous en trouverez des milliers. C’est la menue monnaie du meurtre. Mais il y a mieux ... » M. Taggert est dentiste à Burmingham (Alabama). C'est un Nègre intelligent et cultivé qut souffre dans sa chair toutes les souffrances de sa race. Je suis venu dans son bureau pour parcourir

la documentation qu'il a accumulée sur les cas de lynchage. Statistiques d'atrocités. Il y a mieux, dites-vous? Continuez, vous verrez ... Et je me replonge dans ces dossiers où ce ne sont que comptes rendus effroyables, cruautés, atrocités, crimes anonymes. En bas, dans la rue, j'entends des enfants s'amuser et chanter: « J'ai des ailes/Tu as des ailes/Tous les enfants de Dieu ont des ailes. » Sous mes yeux, les méfaits se succèdent. Ça devient monotone à force d'être toujours abominable. Et toujours cette même phrase qui revient, obsédante, pour clore les récits rouges. « On ne fit enlever le cadavre qu'à la tombée de la nuit ... »

    Fusillades, pendaisons, lapidations, noyades, flagellations, supplices : palmarès de morts violentes, palmarès de sang, palmarès de terreur. Dans la colonne «motifs», il s'agit, la plupart du temps, de bagatelles. « Insultes à une femme», «remarques malveillantes», «dispute avec un hôtelier blanc», «demande d'emploi dans un restaurant», « sympathie avec un Nègre lynché», «langage choquant» ... Y a-t-il vraiment de quoi tuer un homme et le tuer avec les raffinements les plus atroces, le tuer après lui avoir fait subir mille morts ? Les statistiques révèlent que 78,4 % de l'ensemble des Nègres qui ont été lynchés au cours des cinquante dernières années ont été accusés de crimes (jamais prouvés) dont aucun, légalement jugé, même devant la cour la plus sévère, n'aurait pu entraîner la peine de mort. Les statistiques disent en outre que 11 % des Nègres lynchés n'ont été accusés d'aucun crime.

    Superlynchage. « Vous n'avez vu encore que le lynchage courant», me dit M. Taggert, qui se penche par-dessus mon épaule. Vous allez arriver au superlynchage, au meurtre exceptionnel, à la cruauté hors concours. Est-il possible qu'il y ait plus affreux que le comble de l'affreux? C'est possible. Ainsi le cas célèbre du Nègre Claude

Neal, de Floride. Il avait tué la jeune fille, Lola Cennidy, une Blanche, depuis des années son amante parce que celle-ci lui avait déclaré qu'elle était fatiguée de lui et que, s'il faisait encore mine de l'approcher ou de lui parler, elle crierait au secours en simulant une agression du Nègre. Il est donc clair que le meurtre de

Lola était un cas d'homicide par jalousie. Cela n'empêche que Claude Neal fut enlevé de sa prison par la populace, qui décida de lui infliger les pires souffrances imaginables avant de le faire mourir. LENTEMENT AMPUTE, BR0LE ET PENDU. On l'emmena dans un lieu désert, et on se mit à lui arracher les membres, un à un. On le força à manger de sa propre chair. On lui enfonça son couteau de poche dans le corps, on lui amputa lentement et successivement les orteils, les doigts, les oreilles et le nez. En même temps, on lui infligea des brûlures au fer rouge. Non content de cela, on lui passa une corde autour du cou, on l'éleva un peu en l'air, et, quand il fut presque étouffé, on le laissa retomber à terre. Ce n'est qu'après des heures de tortures semblables qu'on le pendit pour de bon. (. .. )

    Revenons aux dossiers ...Un fermier du sud de la Géorgie avait refusé à un Nègre le salaire qu'il devait à ce dernier. Quelques jours plus tard, on trouva ce fermier tué d'un coup de revolver. Comme la populace n'arrivait pas à trouver le Nègre soupçonné, elle commença à tuer tous les Nègres qui avaient quelques relations avec le Nègre cherché. Parmi eux se trouvait un certain Hayes Turner. Sa femme, qui en était au huitième mois de sa grossesse, aurait déclaré qu'elle connaissait les meurtriers de son mari et qu'elle allait les dénoncer. La populace, mise en fureur par cette déclaration, se dirigea chez la pauvre femme. On la saisit, on lui lia les pieds et on l'attacha la tête en bas à un arbre. On l'arrosa d'essence et on y mit le feu. Les vêtements se consumèrent, mais il restait encore quelque vie chez la victime, lorsqu'on vit quelqu'un de la foule faire un bond en avant, tirer un grand couteau et faire une entaille géante à la victime. Par cette entaille, l'enfant attendu tomba à terre, poussa deux cris et fut aussitôt foulé aux pieds par la populace.

    Mais on ne s'en tient pas toujours au meurtre. Il y a quelques années, on était en train de juger un Nègre devant le tribunal d'une petite ville du Texas. Le tribunal avait demandé des soldats pour assurer la protection du prisonnier. La populace, se voyant contrecarrée dans ses projets sanguinaires, mit le feu à l'édifice. Ce n'est qu'avec peine que les juges, les avocats, les jurés et les témoins purent être .sauvés. Quant au Nègre, on l'avait caché dans le coffre-fort incombustible du tribunal. L'édifice brûla complètement. La populace employa alors de la dynamite pour arriver à pratiquer une petite ouverture dans le coffre, et par cet orifice, on vida un chargeur de revolver. On se rendit ensuite dans le quartier des Nègres et on mit le feu à quelques douzaines de maisons appartenant à des Nègres parfaitement innocents. On se serait cru en temps de guerre. Le gouverneur de l'Etat du Texas dut finalement envoyer dans cette ville de 15 000 habitants plus de 600 soldats pour rétablir l'ordre.

    Et la série continue... Fusillades, pendaisons, noyades, supplice du feu ...    Bolton (Missouri) : James Sanders, Nègre, accusé d'avoir écrit une lettre insultante à une jeune fille blanche, fut arraché à la police par la populace et percé de balles.     Pinkney (Michigan) : Silas Coleman, Nègre, fut fusillé par quelques membres de la « Légion noire» [organisation dans la mouvance du Ku Klux Klan] qui, d'après leur propre confession, désiraient simplement faire l'expérience de ce qu'on ressent quand on fusille un Nègre. Thomasville (Georgie): Lacy Mitchel, Nègre, fut surpris et fusillé chez lui pour avoir témoigné devant le tribunal contre .deux Blancs qui étaient accusés d'avoir violé une Négresse.

    Taggert reprend la parole: « Une seule fois on nous a traités sur un pied d’égalité avec les autres Américains. Ce fut pendant la Grande Guerre. On nous permit de mourir pour notre patrie, comme les Blancs. Mais à peine la guerre finie, la population du Sud eut peur que les Nègres se figurent avoir gagné l'égalité des droits par le gage de leurs vies. Les activités du . Ku Klux Klan reprirent de plus belle. Dès 1919, on lynchait dix Nègres qui venaient de rentrer dans leurs foyers. lls portaient encore l'uniforme. Et cela continua au cours des années suivantes ... jusqu'à ce qu'on se fût calmé en voyant que les Nègres n'avaient pas d'autre prétention que de vivre leur petite vie.»     «En 1872, poursuit-il le gouvernement fit un rapport sur la question du lynchage, rapport qui demanda 13 volumes de 600 pages. Combien de volumes faudrait-il aujourd'hui pour exposer la question? » II se tait un instant puis reprend : « Une chose que la société devrait bien saisir est la suivante: tant que le lynchage

existe, la société elle-même est en danger. Tant qu'on laisse la populace agir à son gré, on n'a aucune garantie que cette populace n'annihilera pas un beau jour la société elle-même. »

    LES SOI-DISANT CIVILlSES. Des chiffres tournent dans ma tête. Au total, de 1882 à 1937, 4 674 Nègres lynchés, soit: 1921 pour meurtre; 198 pour agression; 908 pour viol; 227 pour vol; 81 pour outrages à des Blancs; 1057 pour causes inconnues. En 55 ans, 4674 Nègres [4392 en réalité, d'après les chiffres cités], proies de la foule en furie, ont subi l'atroce loi de Lynch [ du nom de Charles Lynch, juge de paix au XVIII• siècle, qui instaura une justice expéditive]

... Toute une forêt humaine en flammes... Atterré, je referme les dossiers. Une image s'impose à moi. Celle du jeune Wesley Johnson; pendu l'autre nuit et qui se balançait dans la brume de février. Une image tragique que je multiplie par mille et encore par mille pour avoir une idée de l'étendue de la cruauté humaine, de cette cruauté qui couve toujours dans les pays si paisibles du Sud.

    Taggert, derrière moi, fait entendre. un rire amer: « Ces choses ne sont pas de la littérature: ces choses sont la réalité. Vous venez d'avoir la preuve de l'incroyable sauvagerie des soi-disant civilisés. Quand je sors le matin, je ne sais jamais si je reviendrai le soir. .. » Il a prononcé ces paroles très simplement, comme s'il s'agissait d'une chose toute naturelle. Dehors, c'est le crépuscule. Seul, au coin de la rue, un vieux Nègre continue imperturbablement à gratter son banjo. Et le voilà qui entonne la vieille chanson nègre, empreinte de mélancolie et d'espoir: «J'ai des ailes/Tu as des ailes/Tous les enfants de Dieu ont des ailes.» Calme plat. Une phrase bourdonne dans mes oreilles: « On ne fit enlever le cadavre qu'à la tombée de la nuit.» (https://www.lemonde.fr/, le journal,  n°23461, Idées, p32)
(Je suis aussi atterré par la sauvagerie dont l’humain est capable. Je me demande s’il est possible qu’il s’améliore avant qu’il disparaisse. Je suis effrayé par tout ce que mes frères noirs ont subis. Que de malheur dans ce monde !)

 

29/05/20  -  « Pétain, Macron, l'Egalité

   Cet ex-ministre de Hollande, pour qui il fallait à la France des jeunes qui veuillent devenir milliardaires*, a forcément un problème avec le difficile concept d'égalité. Il vient de le montrer à nouveau, assez comiquement, ce 10 Mai, en honorant celles et ceux qui ont lutté pour l'abolition de l'esclavage. Il met Égalité, comme il se doit, entre Liberté, et Fraternité, mais il l'assortit de deux compléments de sa façon, à la faveur d'une syntaxe particulièrement tortillée : « Leur exemple, toujours, nous inspire, nous oblige. A plus de liberté, ici et dans le monde. A plus d'égalité, indissociable de la liberté, des chances et des droits. A plus de fraternité enfin car. » Je poursuis donc ici, sur l'égalité des chances, une réflexion que notre T.C. a bien voulu accueillir l'année dernière, après que notre inspecteur d'académie nous avait lui aussi servi cette tarte à la crème.

   C'est grave : notre Président déshonore le principe d'égalité en faisant comme si les notions de chances et de droits, en relevaient au même titre. Mais Droits, au pluriel, est une notion purement qualitative : c'est en raison de sa qualité de personne humaine que l'individu en a certains à la naissance (art. 1 de la Déclaration de 1789). L'égalité qui s'y rapporte n'a rien d'une grandeur mesurable, elle consiste à ce que les droits soient les mêmes pour toutes les personnes qui en relèvent (art. 6: la loi est la même pour tous). Et c'est bien pourquoi l'individu peut alléguer ses droits pour se défendre, seul ou dans le sein d'un collectif.

   Tandis que Chances, c'est une notion essentiellement quantitative. Les chances, synonyme parfait de probabilité, c'est, pour une population donnée, et pour une place donnée dans la hiérarchie sociale, le pourcentage de ses membres qui accèdent à cette place. C'est pourquoi la sociologie ne connaît, des chances, que leur inégalité, inséparable de la société de classes. Elle montre qu'elles ne peuvent pas être les mêmes pour tous. L'égalité des droits est un pilier de la démocratie, celle des chances est une chimère démagogique.

   La faveur de cette expression remonte à la Révolution Nationale de Pétain ... où elle était tout à fait à sa place, sur les ruines du Front populaire, comme médicament contre les aspirations à la justice sociale. Qu'elle ait été banalisée par la suite, au point d'être brandie impunément aussi bien par Chirac que par Hollande, ne la dédouane pas de cette origine infâmante. Cela montre seulement ses vertus de poudre aux yeux, compatibles avec le sens commun de nos contemporains, que le couple quantité/qualité n'empêche pas de dormir. » J.P.Kaminker

(* Interview de Macron paru dans Les Echos, 6.1.2005, toujours lisible sur la toile en mai 2020. ** J.P. Kaminker : « Gésier de chevreuil ? », Le Travailleur catalan, 6.4.2019 *** Onzième des seize Principes de la Révolution nationale formulés par Pétain lui-même:« L'Etat demande aux citoyens l'égalité des sacrifices: il leur assure, en retour, l'égalité des chances. ». A rapprocher de l'étrange formulation choisie par Macron quand il est allé rendre hommage aux maquisards tombés sur le Plateau des Glières : L'égalité, la vraie, la nôtre, est bien de mesurer la valeur des hommes à ce qu'ils peuvent sacrifier à une cause qui les dépasse. L'ancrage pétainiste de la pensée de Macron reste à étudier.) Courrier des lecteurs (http://letc.fr/ , Le travailleur Catalan, le journal, n° 3836, p4)

 

22/05/20  -  Eduardo Viveiros de Castro : “Ce qui se passe au Brésil relève d’un génocide” 

Si le Brésil est en passe de devenir l’un des pays les plus gravement touchés par le Covid-19, c’est le produit d’une politique délibérée de son président, Jair Bolsonaro, et de ses partisans qui s’opposent aux mesures de confinement et incitent les orpailleurs à envahir les terres des Indiens d’Amazonie. Voilà la thèse effrayante que soutient le grand anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, penseur du “perspectivisme”. Un entretien à lire sur notre site. (philomag.com)

 

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DROITS  HUMAINS

-  Doc : -  "Les droits de l'homme contre le peuple", de Jean-Louis Harouel, aux éditions Desclée de Brouwer 1/2.  Gnose et millénarisme : ces deux sources auxquelles ont été puisées les idées fondatrices de la religion des Droits de l’homme. (Une tentative de réhabilitation de notre héritage chrétien).

Ci-dessus  -    L’HUMANITAIRE -   LES DROITS DE L’HOMME

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« Les grands actes fondateurs du droit restent des localisations liées à la terre. Ce sont des prises de terre. »

Carl SCHMITT, Le Nomos de la Terre