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DROCOURT NATURE vous parle un peu du Ciel,
de la Planète, des Hommes ET DES ANIMAUX

  La  Montagne

· Jean Ferrat

« Ils quittent un à un le pays

· Pour s'en aller gagner leur vie

· Loin de la terre où ils sont nés

· Depuis longtemps ils en rêvaient

· De la ville et de ses secrets

· Du formica et du ciné

· Les vieux ça n'était pas original

· Quand ils s'essuyaient machinal

· D'un revers de manche les lèvres

· Mais ils savaient tous à propos

· Tuer la caille ou le perdreau

· Et manger la tomme de chèvre

 

· Pourtant que la montagne est belle

· Comment peut-on s'imaginer

· En voyant un vol d'hirondelles

· Que l'automne vient d'arriver ?

 

· Avec leurs mains dessus leurs têtes

· Ils avaient monté des murettes

· Jusqu'au sommet de la colline

· Qu'importent les jours les années

· Ils avaient tous l'âme bien née

· Noueuse comme un pied de vigne

· Les vignes elles courent dans la forêt

· Le vin ne sera plus tiré

· C'était une horrible piquette

· Mais il faisait des centenaires

· A ne plus que savoir en faire

· S'il ne vous tournait pas la tête

 

· Pourtant que la montagne est belle

· Comment peut-on s'imaginer

· En voyant un vol d'hirondelles

· Que l'automne vient d'arriver ?

 

· Deux chèvres et puis quelques moutons

· Une année bonne et l'autre non

· Et sans vacances et sans sorties

· Les filles veulent aller au bal

· Il n'y a rien de plus normal

· Que de vouloir vivre sa vie

· Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires

· De quoi attendre sans s'en faire

· Que l'heure de la retraite sonne

· Il faut savoir ce que l'on aime

· Et rentrer dans son H.L.M.

· Manger du poulet aux hormones

 

· Pourtant que la montagne est belle

· Comment peut-on s'imaginer

· En voyant un vol d'hirondelles

· Que l'automne vient d'arriver ? »


(
Paroles et musique de Jean Ferrat)

En haut : Notre CANIGOU, 2784 m. dans les Pyrénées Orientales.
—-

Le passionné de montagne : le besoin mystérieux de se dépasser, l'esprit de solidarité de la cordée, la confrontation avec une nature âpre et sublime, le goût d'un effort inutile qui n'attente pas à la pureté des cimes…
-  Faire voir la splendeur de la vérité, par la beauté des sommets :

 

Montagne et philosophie  -  (Slatkine-Genève 2012)
de François-Xavier Putallaz et François Perraudin

 

Table des matières :
Socrate
ou l’humilité du ciel sur la terre

Henri Bergson ou la grâce des courbes mouvantes

René Descartes en solitude d’arrière-automne

Aristote sous l’aveuglante lumière du plein midi

Thomas d’Aquin dans le clair-obscur des hommes

Jean-Paul Sartre dans les tempêtes et la démesure

Dante ou le clivage de la terre et du ciel

L’empirisme dans les étranglements rocheux

Héloïse ou l’amour sans compter

Édith Stein dans l’ombre et les ténèbres

Beauté de la philosophie un essai de François-Xavier Putallaz

Montaigne ou les reflets de soi-même

Emmanuel Kant entre rudesse et rigueur

Hegel et la couronne impériale

Rousseau et Marx ou l’aventure commune

Albert Camus entre lumière et pauvreté

Friedrich Nietzsche ou l’ombre sur la terre

Platon ou l’élan vers des sommets immuables

Ma philosophie de la montagne un témoignage de François Perraudin

Orientations bibliographiques

 

19/10/2016  -  La philosophie est-elle un sport de montagne ?

« Pourquoi monte-t-on ? Et, question plus difficile encore, pourquoi redescendons-nous ? Qu'y a-t-il derrière le monde silencieux, indifférent, inhospitalier et pourtant toujours fascinant des pics enneigés et des glaciers ?

De l'esprit de conquête et d'exploration des premiers alpinistes jusqu'à la contemplation apaisée de ce que les choses du monde sont sans nous, promenade aujourd'hui dans l'univers lunaire de la haute montagne - en compagnie du philosophe (et montagnard) Michel Malherbe, auteur du très recommandable "D'un pas de philosophe" (2012, Vrin).

Nul souffle n’effleurait les arbres, ne fût-ce que le plus légèrement du monde, il n’y avait pas un murmure, pas une voix d’oiseau. C’était le silence éternel que Hans Castorp épiait lorsqu’il restait debout ainsi, appuyé sur son bâton, la tête inclinée sur l’épaule, la bouche ouverte ; et doucement, sans arrêt, la neige continuait de tomber, de tomber tranquillement, sans un bruit.

Non, ce monde, en son silence insondable, n’avait rien d’hospitalier; il admettait le visiteur à ses risques et périls, il ne l’accueillait pas, en somme, il tolérait son intrusion, sa présence d’une manière peu rassurante, sans répondre de rien, et c’était l’impression d’une menace muette et élémentaire, non pas même d’une hostilité, mais d’une indifférence meurtrière qui s’en dégageait. L’enfant de la civilisation, étranger de formation et par ses origines à cette nature sauvage, est plus sensible à sa grandeur que son rude fils, qui a dû compter avec elle dès son enfance et qui vit avec elle sur un pied de familiarité banale et calme. Ce dernier connaît à peine la crainte religieuse avec laquelle l’autre, fronçant les sourcils, affronte la nature, crainte qui influe sur tous ses rapports intimes avec elle, et entretient constamment dans son âme une sorte de bouleversement religieux et une émotion inquiète. Hans Castorp, dans son chandail en poil de chameau à longues manches, dans ses bandes molletières et sur ses skis de luxe, se sentait fort téméraire d’épier ainsi ce silence originel de la nature sauvage et silencieusement meurtrière de l’hiver, et l’impression de soulagement qu’il éprouvait, lorsque, sur le chemin du retour, les premières habitations humaines reparaissaient à travers l’atmosphère voilée, lui faisait prendre conscience de son état d’esprit précédent et l’instruisait de ce que, des heures durant, une terreur secrète et sacrée avait dominé son cœur. »

- Thomas Mann, La Montagne magique, 1924, traduction Maurice Betz, (Le Livre de Poche, 1995), p.686  -  France culture