DOC : -  04/06  -  taux de chômage des moins de 25 ans    -  06/06  -  30 articles pour comprendre l'Europe

-  01 07  -  L’illibéralisme, « Une des menaces les plus graves susceptibles de pervertir l’idéal démocratique » dit Pierre Rosanvallon.  Viktor Orban, juillet 2014, « Le nouvel Etat que nous construisons en Hongrie, proclame le premier ministre, n’est ni un Etat-nation, ni un Etat libéral, ni un Etat-providence : il est « illibéral ».
La démocratie a toujours, en Occident, rimé avec le libéralisme constitutionnel. « Ce terme renvoie à la tradition, profondément enracinée dans l’histoire occidentale, qui cherche à protéger l’individu de la ­contrainte, quelle qu’en soit la source : l’Etat, l’Eglise ou la société,. Il est libéral parce qu’il se nourrit du ­courant philosophique, né avec les Grecs, qui met l’accent sur la liberté individuelle. Il est constitutionnel parce qu’il repose sur la tradition, inaugurée par les Romains, de l’Etat de droit. » Séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, défense de la liberté ( SUITE de la page d’accueil) d’expression : le libéralisme politique, prône le contrôle des pouvoirs et l’égalité devant la loi.
-  En Europe, la démocratie électorale et le libéralisme politique sont souvent allés de pair mais cette époque semble révolue : Les dirigeants de la Pologne et de la Hongrie sont élus, ce qui leur permet de se dire démocrates, mais ils « privent leurs citoyens des droits fondamentaux », ce qui leur vaut le qualificatif d’« illibéraux ». Ils s’empressent, une fois élus, de mettre leurs Parlements « sur la touche pour gouverner par décrets ». Ils tentent de fragiliser les cours constitutionnelles, de remettre en cause l’indépendance de la magistrature, de limiter la liberté de l’audiovisuel public et de mettre au pas l’administration. ».
-  En 1993, les critères d’adhésion définis par le conseil européen de Copenhague imposaient aux nouveaux ­entrants la création d’
« institutions stables garantissant la démocratie, l’Etat de droit, les droits de l’homme, le respect des minorités et leur protection ». Vingt ans plus tard, nombre de pays d’Europe centrale et orientale tournent délibérément le dos à ces valeurs. « La Hongrie ne respecte plus le premier critère politique d’appartenance à l’Union européenne : être un Etat de droit fondé sur le pluralisme » Les démocraties illibérales se gardent bien de rejeter frontalement les principes fondateurs de la démocratie, comme le font les totalitarismes ou les dictatures : elles préfèrent les vider pernicieusement de leur contenu. L’illibéralisme est une pathologie « interne » à l’idée démocratique «Si on est majoritaire on peut faire ce qu’on veut »: rien ni personne ne doit entraver le pouvoir qu’ils ont tiré des urnes. C’est la tyrannie majoritaire : l’oppression peut venir de « la communauté que forme la majorité ».
-  Ce culte de la souveraineté populaire donne à ces nouveaux régimes une tonalité résolument populiste. Le peuple est censé tenir son unité du chef, une figure qui est en communion avec lui et qui connaît d’instinct la volonté populaire.  Les dirigeants s’autorisent à revendiquer sans ambiguïté : « Je suis du peuple et je vais être pour le peuple ». Au nom de cette philosophie politique ces ­dirigeants congédient sans état d’âme l’Etat de droit considéré comme une faiblesse qui impose au pouvoir des compromis permanents » Il ne doit rien y avoir entre le chef et son peuple : il faut imposer le silence aux associations, aux syndicats, aux partis d’opposition et à tous les ­citoyens qui contestent la vision religieuse, voire ethnique, de la nation que défendent les dirigeants. Plus qu’une entorse au libéralisme, c’est une véritable négation de la société civile. 
-  La démocratie ne saurait pourtant se passer d’une société civile ouverte et pluraliste, qui doit avoir intériorisé la culture de la confrontation car le peuple est traversé par des oppositions : il faut donc insister sur la valeur, non pas de la fusion entre le chef et le peuple, mais du conflit. Au pluralisme électoral des partis doit s’ajouter celui de la société, c’est-à-dire l’accep­tation officielle du ‘dissensus’ comme élément fondateur de la politique. Le fait que les démocraties dites “illibérales” soient d’anciens régimes communistes n’est pas un hasard : ces pays sont dépourvus de cette culture démocratique. »
-  En réduisant la démocratie à l’élection, ces dirigeants adoptent une conception minimaliste : la démocratie n’est pas une simple procédure de désignation utile. Elle a un contenu : ce contenu a pour nom la dignité, l’égalité, la liberté ou la justice, elle porte en elle un désir d’émancipation qui dépasse le simple droit de vote.
Ces régimes, qui ne respectent pas les libertés politiques et les droits individuels, ne sont plus des démocraties. Dans ces régimes] la démocratie elle-même est abîmée. On les appelle : pseudodémo­craties,  néolibéraux autoritaires,  autori­tarisme ­concurrentiel : ils tolèrent certes la compétition politique, mais elle est faussée par l’accès inégal aux médias ou la marginalisation de l’opposition.
-  L’« illibéralisme » n’est pas une philosophie politique réservée aux pays d’Europe centrale de ce début de XXIe siècle : c’est aussi une tentation française qui s’exprime pleinement, au XIXe siècle, dans le bonapartisme. « La République démocratique sera l’objet de mon culte ; j’en serai le prêtre », promet Napoléon III dès 1840. Napoléon III rejette les partis politiques, impose des restrictions à la liberté de la presse et cultive la représentation-incarnation. « L’empereur n’est pas un homme, c’est un peuple ». L’empereur et ses partisans évitent d’ailleurs de s’adresser aux citoyens ou aux électeurs : ils « ne veulent connaître que le pays ou le peuple, toujours au singulier, comme si les Français ne pouvaient exister dans leurs différences politiques.
Cette philosophie inscrit la souveraineté politique dans un triple cadre, poursuit: une conception de l’expression populaire qui privilégie le plébiscite, une philosophie de la représentation comme incarnation du peuple en un chef et un rejet des corps intermédiaires qui font obstacle au face-à-face entre le peuple et le pouvoir. Pour l’historien ROSANVALLON, ce régime constitue l’« une des menaces les plus graves susceptibles de pervertir l’idéal démocratique » .https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/06/07/la-ou-s-abime-la-democratie_5311194_3232.html -  Lire aussi :   L’Italie résout sa crise politique avec un gouvernement populiste   

 

 

 

 

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