LA  POESIE  ET  LE  CIEL

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Astéroïde

 

Scène III   TRISSOTIN :Je viens vous annoncer une grande nouvelle.
Nous l'avons en dormant, Madame, échappé belle:
Un monde près de nous a passé tout du long,
Est chu tout au travers de notre tourbillon;
Et s'il eût en chemin rencontré notre terre,
Elle eût été brisée en morceaux comme verre.

 

Les femmes savantes, Molière.

 

Vénus
Je crois en toi! je crois en toi !  Divine mère,
Aphrodite marine! - Oh! la route est amère
Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix;
Chair, Marbre, Fleur Vénus, c'est en toi que je crois!
- Oui, l'Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste,
Il a des vêtements, parce qu'il n'est plus chaste,
Parce qu'il a sali son fier buste de dieu,
Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu,
Son corps Olympien aux servitudes sales!
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles
Il veut vivre, insultant la première beauté!
- Et l'Idole où tu mis tant de virginité,
Où tu divinisas notre argile, la Femme,
Afin que l'Homme pût éclairer sa pauvre âme.
Et monter lentement, dans un immense amour
De la prison terrestre à la beauté du jour,
La Femme ne sait plus même être Courtisane!
- C'est une bonne farce! et le monde ricane
Au nom doux et sacré de la grande Vénus!
III
Si les temps revenaient, les temps qui sont venus!
- Car l'Homme a fini! l'Homme a joué tous les rôles!
Au grand jour fatigué de briser des idoles
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux!
L'Idéal, la pensée invincible, éternelle,
Tout le dieu qui vit, sous son argile charnelle,
Montera, montera, brûlera sous son front!
Et quand tu le verras sonder tout l'horizon,
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte!
- Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L'Amour infini dans un infini sourire!
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d'un immense baiser!
LES ÉTRENNES DES ORPHELINS
Arthur Rimbaud

LA VENUS  AU COLLIER

de MAILLOL

à Perpignan

Soleil et Lune              AGUASI

Après une longue attente, le Soleil veut une femme, une jeune Lune aimante, qui rallume sa flamme.
Gêné par ce désir, il n'ose se déclarer et s'apprête à mourir sans lui avoir parlé.
Uranus qui l'apprend, souhaite aider Sire Soleil. Il va voir l'astre blanc et vante ses merveilles :
"Astre de toutes les nuits, aimez vous notre étoile ? Notre Soleil qui luit a-t-il ému votre âme ?"
"Si le soleil pour moi montre des sentiments, je l'aime aussi je crois, va le chercher. J'attends !
"Il ne se déplace pas, il surveille les ellipses !" "Eh bien, il attendra la faveur d'une éclipse !"

 

Etoiles

Moi qui passe et qui meurs, je vous contemple étoiles !
La terre n'étreint plus l'enfant qu'elle a porté.
Debout, tout près des dieux, dans la nuit aux cent voiles,

Je m'associe, infime, à cette immensité ;
Je goûte en vous voyant, ma part d'éternité

 

Ptolémée, Almageste 

 

Baigneuse assise (1885)
de Pierre-Auguste Renoir

Vénus

Ce matin, en guise de chant du coq, tonitrua l'orage. Peu avant qu'il ne donnât de la voix, de mon lit, au travers les fenêtres de ma chambre et celles, brèches éphémères, dans la nébulosité, Vénus faisait des  grâces, risquait comme des clins d'œil fiévreux entre les profondes paupières de ce ciel borgne. Sur cet écrin fait de pluie et d'obscurité ruisselaient les éclats que libérait la planète sœur.

L'œil vibrant de Vénus semblait n'avoir de regards que pour cette matière en colère qui foudroyait les cimes, alors que les éléments enhardis, comme autant de plumes à la roue du paon, paraient le ciel de ses plus beaux atours. Spectacle grandiose.

Stéphane Pillet