(10/06/20  -  Une triple menace met en danger des millions de personnes à travers l’Afrique.  Naruto Uzumaki

«Poussées par le changement climatique, les fortes pluies de ce printemps ont provoqué de vastes essaims de criquets qui ont oblitéré les cultures à travers le Kenya, l’Éthiopie et la Somalie, laissant une traînée de destruction qui n’a pas été vue depuis des générations. Au cours des derniers mois, les insectes se sont rapidement propagés vers le nord, traversant le golfe d’Oman pour infiltrer l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Les dégâts combinés causés par les criquets, les pluies et les retombées économiques de la pandémie de Covid-19 sont devenus ce que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a appelé une menace sans précédent pour la sécurité alimentaire dans ces régions.

   «L’agriculteur est frappé par la triple menace des criquets, des inondations et des précipitations inhabituellement fortes pendant certaines saisons, puis par les restrictions de Covid», explique Lydia Zigomo, directrice régionale d’Oxfam pour la Corne, l’Est et l’Afrique centrale. «Ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas déplacer leurs marchandises sur le marché très facilement en raison des restrictions de voyage qui ont été placées entre les villes et les villages.»

   Les tendances alimentaires du criquet en font un ravageur particulièrement menaçant: selon la FAO, un essaim de criquets pèlerins de taille moyenne peut consommer autant de nourriture que 2 500 personnes en une seule journée. «Dans le cas des criquets pèlerins, ils sont hautement polyphages, ce qui est une façon ringarde de dire qu’ils ne sont pas du tout difficiles», explique Rick Overson, coordinateur de la recherche à la Global Locust Initiative de l’Arizona State University. «Ils mangent à peu près tout. Mais cela étant dit, les cultures céréalières sont davantage à l’échelle des glucides et sont les plus sensibles et préférées, et les plus lourdement endommagées économiquement. » Les cultures de base de l’humanité – blé, sorgho, millet, riz – se trouvent être des cultures céréalières chargées de glucides. Une fois qu’ils se sont régalés de ces glucides, les insectes grossissent plus vite, accélérant leur marche.

   Même si les récoltes d’un agriculteur est-africain survivent aux insectes, de fortes pluies exacerbées par le changement climatique pourraient emporter les plantes restantes. « Et en plus de cela, [farmers] sont affectés par Covid », explique Zigomo. «Pas tellement dans cette région en termes de nombre élevé d’infections, mais plutôt les restrictions ont un impact sur les mesures pour essayer de contrôler ce criquet, et ont également un impact sur la capacité des agriculteurs à commercialiser leurs produits. Toutes ces choses se produisent en même temps, créant une tempête parfaite. »

Si un agriculteur ne peut pas se rendre sur le marché pour vendre ses récoltes, non seulement il perd des revenus, mais les citadins qui comptent sur eux pour se nourrir ont faim. «Nous parlons donc de 30 à 33 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire grave dans cette région de l’Afrique centrale et orientale au cours des semaines et des mois à venir», explique Zigomo. (japanfm.fr)

 

27/04/20  -  Mauritanie. Biram Dah Abeid, Prix des Droits de l’homme des Nations unies en décembre 2013, candidat à l’élection présidentielle en 2019. La non-violence dans une logique de pouvoir violent.
   Aujourd’hui, après des résultats électoraux inacceptables, l’action non-violente reste le mot d’ordre de l’IRA et doit faire face à une logique de violence à tout prix de la part du gouvernement. Les actions pour la fin du racisme, la fin de l’esclavage et pour les droits de l’homme sont systématiquement réprimées avec violence.
   Fin juin 2019, par un coup d’état électoral et militaire vivement dénoncé, est élu à la Présidence le général Gazhouani, ancien général de l’armée, dauphin de l’ancien Président. « Rappelons tout de même », souligne Biram Dah Abeid , « que ce général a participé au génocide des Afro-Mauritaniens de 1986 à 1992. En 2005, il devient le numéro deux du régime mauritanien, rétablissant les lois discriminatoires.  Le général Ghazouani est le premier chef d’Etat mauritanien à mettre en application des lois répressives et de manière expéditive contre des personnes présumées homosexuelles condamnées dès son arrivée au pouvoir à des peines lourdes  et dans des procès expéditifs.»
    « Les pays de l’Union Européenne et le Royaume-Uni considèrent ce chef d’état comme représentant des droits de l’homme. C’est une ineptie », s’insurge Biram Dah Abeid  « Au regard des intérêts économiques en jeu, on comprend vite que la priorité, ce ne sont pas les êtres humains mais bien les enjeux financiers. L’Union Européenne, des grandes sociétés comme Total, BP… sont présents en Mauritanie. La pêche, les mines d’or, de fer, le gaz… autant de richesses mauritaniennes qui détournent vite le regard des droits de l’homme au bénéfice des intérêts économiques. »
 « Avec le confinement », « rien ne va changer ! La logique d’une politique mercantiliste va continuer et accentuer la pauvreté. En Afrique, tout s’est arrêté, les sources de survie deviennent rares et la famine gagne du terrain. Quant aux pouvoirs dictatoriaux, il est à craindre que certains profitent du confinement pour renforcer un pouvoir autoritaire. En effet, si certains gouvernements avaient peur de critiques internationales, ceux-ci se rendent compte que les occidentaux sont à présent bien occupés par leur propre sort ! »
   A Bruxelles, en Europe, on constate cette peur panique des gens dans cette situation de pandémie. Cette peur de l’autre n’existe pas en Afrique. Par contre, aujourd’hui, les Africains sont conscients de la vulnérabilité de l’Occident. Certains ont fui l’Occident ! C’est donc un flux contraire. (
pressenza.com)

 

07/04/20  -  L’Afrique comptait, ce jeudi 6 avril, 9 457 cas confirmés de coronavirus. Le Covid-19 a déjà coûté la vie à 442 personnes sur le continent, selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine. Cinquante et un pays rapportent désormais officiellement des cas. Les trois pays les plus touchés sont l’Afrique du Sud, l’Algérie et l’Égypte.(rfi.fr)

 

03/04/20  -  Pr Didier Roussin, OMS.

«Avec la pandémie de Covid-19, qu'en sera-t-il de l'aide des pays développés vers les plus pauvres?»  Le Pr Didier Roussin, ancien directeur général de la santé et membre de l’Académie nationale de médecine, est le président du comité d'urgence Covid-19 de l'OMS, activé fin janvier.

=  LE QUOTIDIEN: Quelles sont les missions du comité d'urgence Covid-19 de l'Organisation mondiale de la santé (0 MS) que vous présidez depuis le 22janvier?

   Pr DIDIER ROUSSIN : Selon le Règlement sanitaire international (RSI) de 2005, le Directeur général

de l'OMS ne peut pas, seul, déclarer qu'une épidémie est une Urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) : il doit appuyer sa décision sur l'avis d'un comité d'urgence composé d'experts scientifiques, de trois des cinq régions du monde, des virologues, des immunologistes, des spécialistes de santé publique ou encore des sciences des transports. Ce comité ad hoc a pour mission de qualifier l'événement, mais il n'a pas vocation à siéger en  permanence. Une fois l'urgence déclarée, il est prévu qu' il soit reconvoqué dans les trois mois pour réévaluer son avis. Pour ce coronavirus, à l'évidence, on était bien face à une USPPI.

   Ce comité s'inscrit donc dans le cadre du RSI, le principal Traité international en matière de santé, puisqu'il vise à limiter la diffusion internationale des maladies. Depuis la fin du XXe siècle, l'USSPI a été déclaré plusieurs fois : pour les épidémies de H1N1, d'Ebola, de Zika.

   Le problème de ce Traité tient au fait que son application est susceptible d'impacter la souveraineté des États membres. La déclaration d'USPPI peut susciter des difficultés d'application du RSI, comme en 2014 pour Ebola en Afrique de l'Ouest, en particulier concernant la compliance des états vis-à-vis de certaines règles.

=  Pour l'épidémie de Covid-19, l'OMS a été critiquée sur le fait d'avoir tardé à sonner l'alerte et subi la pression de la Chine. Quelle est votre analyse?

   L'alerte est venue de Chine fin décembre début janvier. La ponse de !'OMS est arrivée dans unlai bref: Tedros Adhanom Ghebreyesus a convoqué le comité d'urgence Covid-19 le 19 janvier. Il y avait alors 557 cas confirmés en Chine, trois ou quatre au Japon, deux en Thaïlande et un en Corée. C'était le tout début de l' épidémie.

   Trois jours plus tard, le 22, le comité s'est réuni en conférence téléphonique à Genève pour une séance qui a duré toute la journée. Les experts étaient divisés sur l'avis à rendre, à 50/ 50. Ce comité ne  fonctionne pas par vote mais par consensus. Le consensus a été qu'il était un peu tôt pour qualifier cette épidémie d'USPPI, mais des recommandations ont été faites qui préfiguraient cette qualification.

   Une semaine plus tard, le 30 janvier, le comité a été reconvoqué. On était passé de 550 cas à quelques milliers de cas et de 17 à 150 décès en Chine, et de 4 à 80 cas à l'étranger. À la quasi-unanimité, le comité a suggéré au Directeur général de !'OMS de déclarer que cette épidémie était une USPPI.

   Par le passé, l'OMS avait été accusée d'avoir traîné pour Ebola en 2014, ou d'être allée trop vite pour le HlNl en 2009. La valeur symbolique d'une telle décision est très forte, c'est l'annonce d'une forte menace. Cela n' est pas sans conséquences sur les droits et devoirs de l'OMS et des États membres.

=  Alors que les chercheurs ont très vite collaboré au niveau international avec un partage en ligne des connaissances, le manque de coopération politique entre États dans la réponse à l'épidémie est un point de fragilité. Que peut faire l'OMS?

   Il est plus facile de faire de la ·science ouverte que d'harmoniser les politiques des États. Il n'y a pas encore de gouvernement mondial. Les États, grands et petits, sont souverains. Entre eux, ils peuvent être en situation d'alliance et de coopération, mais aussi de concurrence, de compétition, voire de conflit. Le multilatéralisme en a pris un coup ces dernières années. Les responsables politiques n'ont pas la même vision des choses. Les discordances, voire les oppositions, entre États empêchent une harmonisation de la réponse mondiale à l'épidémie.

   Des efforts sont faits, au niveau européen notamment mais aussi mondial, même si les efforts  internationaux ne sont pas exempts d'arrière-pensée politique. Pour les pays en développement, qu'en est-il de l'application de l'article 44 du RSI demandant aux pays développés de leur apporter de l'aide?

   Par le passé, des efforts, certes tardifs, ont été faits pour Ebola en Afrique de l'Ouest. Mais là, l'affaire est bien plus compliquée car les pays développés sont eux-mêmes touchés. Quand, sur son territoire, un pays est confronté à un débordement de son système de soins, un nombre important de décès et

un impact socio-économique très lourd, l'élan vers la coopération devient plus difficile.

=  L'épidémie commence seulement en Afrique, Tedros Ghebreyesus a fait part de ses inquiétudes et a appelé son continent« à se réveiller». Est-ce que la démographie, plus jeune qu'en Chine et en Europe, pourrait faire que, malgré tout, l’Afrique connaisse une épidémie de moindre ampleur? (…)      (www.lequotidiendumedecin.fr  le journal, n° 9822, p5)


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