(27/04/20  -  Mauritanie. Biram Dah Abeid, Prix des Droits de l’homme des Nations unies en décembre 2013, candidat à l’élection présidentielle en 2019. La non-violence dans une logique de pouvoir violent.
   Aujourd’hui, après des résultats électoraux inacceptables, l’action non-violente reste le mot d’ordre de l’IRA et doit faire face à une logique de violence à tout prix de la part du gouvernement. Les actions pour la fin du racisme, la fin de l’esclavage et pour les droits de l’homme sont systématiquement réprimées avec violence.
   Fin juin 2019, par un coup d’état électoral et militaire vivement dénoncé, est élu à la Présidence le général Gazhouani, ancien général de l’armée, dauphin de l’ancien Président. « Rappelons tout de même », souligne Biram Dah Abeid , « que ce général a participé au génocide des Afro-Mauritaniens de 1986 à 1992. En 2005, il devient le numéro deux du régime mauritanien, rétablissant les lois discriminatoires.  Le général Ghazouani est le premier chef d’Etat mauritanien à mettre en application des lois répressives et de manière expéditive contre des personnes présumées homosexuelles condamnées dès son arrivée au pouvoir à des peines lourdes  et dans des procès expéditifs.»
    « Les pays de l’Union Européenne et le Royaume-Uni considèrent ce chef d’état comme représentant des droits de l’homme. C’est une ineptie », s’insurge Biram Dah Abeid  « Au regard des intérêts économiques en jeu, on comprend vite que la priorité, ce ne sont pas les êtres humains mais bien les enjeux financiers. L’Union Européenne, des grandes sociétés comme Total, BP… sont présents en Mauritanie. La pêche, les mines d’or, de fer, le gaz… autant de richesses mauritaniennes qui détournent vite le regard des droits de l’homme au bénéfice des intérêts économiques. »
 « Avec le confinement », « rien ne va changer ! La logique d’une politique mercantiliste va continuer et accentuer la pauvreté. En Afrique, tout s’est arrêté, les sources de survie deviennent rares et la famine gagne du terrain. Quant aux pouvoirs dictatoriaux, il est à craindre que certains profitent du confinement pour renforcer un pouvoir autoritaire. En effet, si certains gouvernements avaient peur de critiques internationales, ceux-ci se rendent compte que les occidentaux sont à présent bien occupés par leur propre sort ! »
   A Bruxelles, en Europe, on constate cette peur panique des gens dans cette situation de pandémie. Cette peur de l’autre n’existe pas en Afrique. Par contre, aujourd’hui, les Africains sont conscients de la vulnérabilité de l’Occident. Certains ont fui l’Occident ! C’est donc un flux contraire. (
pressenza.com)

 

07/04/20  -  L’Afrique comptait, ce jeudi 6 avril, 9 457 cas confirmés de coronavirus. Le Covid-19 a déjà coûté la vie à 442 personnes sur le continent, selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine. Cinquante et un pays rapportent désormais officiellement des cas. Les trois pays les plus touchés sont l’Afrique du Sud, l’Algérie et l’Égypte.(rfi.fr)

 

03/04/20  -  Pr Didier Roussin, OMS.

«Avec la pandémie de Covid-19, qu'en sera-t-il de l'aide des pays développés vers les plus pauvres?»  Le Pr Didier Roussin, ancien directeur général de la santé et membre de l’Académie nationale de médecine, est le président du comité d'urgence Covid-19 de l'OMS, activé fin janvier.

=  LE QUOTIDIEN: Quelles sont les missions du comité d'urgence Covid-19 de l'Organisation mondiale de la santé (0 MS) que vous présidez depuis le 22janvier?

   Pr DIDIER ROUSSIN : Selon le Règlement sanitaire international (RSI) de 2005, le Directeur général

de l'OMS ne peut pas, seul, déclarer qu'une épidémie est une Urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) : il doit appuyer sa décision sur l'avis d'un comité d'urgence composé d'experts scientifiques, de trois des cinq régions du monde, des virologues, des immunologistes, des spécialistes de santé publique ou encore des sciences des transports. Ce comité ad hoc a pour mission de qualifier l'événement, mais il n'a pas vocation à siéger en  permanence. Une fois l'urgence déclarée, il est prévu qu' il soit reconvoqué dans les trois mois pour réévaluer son avis. Pour ce coronavirus, à l'évidence, on était bien face à une USPPI.

   Ce comité s'inscrit donc dans le cadre du RSI, le principal Traité international en matière de santé, puisqu'il vise à limiter la diffusion internationale des maladies. Depuis la fin du XXe siècle, l'USSPI a été déclaré plusieurs fois : pour les épidémies de H1N1, d'Ebola, de Zika.

   Le problème de ce Traité tient au fait que son application est susceptible d'impacter la souveraineté des États membres. La déclaration d'USPPI peut susciter des difficultés d'application du RSI, comme en 2014 pour Ebola en Afrique de l'Ouest, en particulier concernant la compliance des états vis-à-vis de certaines règles.

=  Pour l'épidémie de Covid-19, l'OMS a été critiquée sur le fait d'avoir tardé à sonner l'alerte et subi la pression de la Chine. Quelle est votre analyse?

   L'alerte est venue de Chine fin décembre début janvier. La ponse de !'OMS est arrivée dans unlai bref: Tedros Adhanom Ghebreyesus a convoqué le comité d'urgence Covid-19 le 19 janvier. Il y avait alors 557 cas confirmés en Chine, trois ou quatre au Japon, deux en Thaïlande et un en Corée. C'était le tout début de l' épidémie.

   Trois jours plus tard, le 22, le comité s'est réuni en conférence téléphonique à Genève pour une séance qui a duré toute la journée. Les experts étaient divisés sur l'avis à rendre, à 50/ 50. Ce comité ne  fonctionne pas par vote mais par consensus. Le consensus a été qu'il était un peu tôt pour qualifier cette épidémie d'USPPI, mais des recommandations ont été faites qui préfiguraient cette qualification.

   Une semaine plus tard, le 30 janvier, le comité a été reconvoqué. On était passé de 550 cas à quelques milliers de cas et de 17 à 150 décès en Chine, et de 4 à 80 cas à l'étranger. À la quasi-unanimité, le comité a suggéré au Directeur général de !'OMS de déclarer que cette épidémie était une USPPI.

   Par le passé, l'OMS avait été accusée d'avoir traîné pour Ebola en 2014, ou d'être allée trop vite pour le HlNl en 2009. La valeur symbolique d'une telle décision est très forte, c'est l'annonce d'une forte menace. Cela n' est pas sans conséquences sur les droits et devoirs de l'OMS et des États membres.

=  Alors que les chercheurs ont très vite collaboré au niveau international avec un partage en ligne des connaissances, le manque de coopération politique entre États dans la réponse à l'épidémie est un point de fragilité. Que peut faire l'OMS?

   Il est plus facile de faire de la ·science ouverte que d'harmoniser les politiques des États. Il n'y a pas encore de gouvernement mondial. Les États, grands et petits, sont souverains. Entre eux, ils peuvent être en situation d'alliance et de coopération, mais aussi de concurrence, de compétition, voire de conflit. Le multilatéralisme en a pris un coup ces dernières années. Les responsables politiques n'ont pas la même vision des choses. Les discordances, voire les oppositions, entre États empêchent une harmonisation de la réponse mondiale à l'épidémie.

   Des efforts sont faits, au niveau européen notamment mais aussi mondial, même si les efforts  internationaux ne sont pas exempts d'arrière-pensée politique. Pour les pays en développement, qu'en est-il de l'application de l'article 44 du RSI demandant aux pays développés de leur apporter de l'aide?

   Par le passé, des efforts, certes tardifs, ont été faits pour Ebola en Afrique de l'Ouest. Mais là, l'affaire est bien plus compliquée car les pays développés sont eux-mêmes touchés. Quand, sur son territoire, un pays est confronté à un débordement de son système de soins, un nombre important de décès et

un impact socio-économique très lourd, l'élan vers la coopération devient plus difficile.

=  L'épidémie commence seulement en Afrique, Tedros Ghebreyesus a fait part de ses inquiétudes et a appelé son continent« à se réveiller». Est-ce que la démographie, plus jeune qu'en Chine et en Europe, pourrait faire que, malgré tout, l’Afrique connaisse une épidémie de moindre ampleur?

   On peut l'espérer, il est possible que la propagation du virus se fasse de façon différente. Mais les inquiétudes sont très fortes. En Afrique, tout est là pour que le système de soins soit dépassé: manque de soignants, à la fois de médecins et de personnel infirmier, hôpitaux vétustes et peu équipés. Alors que les pays développés déploient des efforts immenses pour faire face, sans être totalement sûrs d'y parvenir.
   De plus, en dépit d'un faible système de soins, la démographie africaine ressemble de plus en plus à celle des pays développés : les gens vivent plus vieux et avec des maladies chroniques.

=  Après la première vague souvent qualifiée de tsunami, faut-il craindre un deuxième pic comme cela est évoqué?

   Tout dépendra de l'immunisation de la population, mais il est encore trop tôt pour le dire. En Chine, où a été pris le premier choc, les scientifiques commencent à mettre en place une étude de sérologies en population générale. Et concernant la durée de l'immunité possiblement conférée, on connaît à ce jour encore peu de choses. Propos recueillis par la Dr Irène Drogou. (www.lequotidiendumedecin.fr  le journal, n° 9822, p5)


02/04/20  -  Écosystème des groupes armés en Centrafrique
   Depuis 2013, les groupes armés sont les vrais « patrons » de la Centrafrique. L’objet de cette note est de comprendre le déploiement prolifique des groupes armés sur le territoire centrafricain. Cette prolifération s’explique par l’économie politique du conflit et un espace d’action ou écosystème qui est largement ouvert au lieu d’être réduit ou fermé.
   L’écosystème des groupes armés reste fondamentalement ouvert en Centrafrique pour trois raisons principales. Premièrement, dans un espace politique caractérisé par l’extrême pauvreté et l’inversion du contrat social, le « business conflict model » des groupes armés est très attractif, y compris pour les acteurs politiques de Bangui et des communautés en quête de protection et de moyens de survie. Ce « business conflict model » s’auto-entretient dans la mesure où l’insécurité devient une ressource économique. Deuxièmement, alors que la relation entre le gouvernement et les groupes armés est souvent représentée de manière antagonique, elle comporte en réalité des zones de coopération. Troisièmement, les acteurs qui sont censés contenir et lutter contre ce « business conflict model », les puissances étrangères et forces de maintien de la paix, mènent une politique qui l’encourage tacitement ou explicitement (comme certains pays voisins).(…)  (
ifri.org)


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